samedi, mars 21

Une nouvelle procédure a été initiée par Frédéric Baldan, le lobbyiste belge qui a attaqué en 2023 la présidente de la Commission européenne en marge du « Pfizergate ». Ce dernier entend faire écarter l’Allemande de son poste en mettant en cause son parti, le PPE. Qui, jusqu’ici, renâclait à venir défendre «sa» candidate.

Bien placée pour glaner un second mandat à la tête de la Commission européenne, Ursula von der Leyen avait, indirectement, rendez-vous avec la justice belge ce mardi. Plus précisément, c’est son parti, le PPE, qui a dû venir la défendre devant la Cour d’appel de Bruxelles, après qu’une première procédure, lancée en urgence en première instance, a échoué fin juin à l’écarter du prestigieux poste.

Le plaignant n’est autre que Frédéric Baldan, le lobbyiste qui a, en 2023, porté plainte au pénal contre Madame Von der Leyen dans l’affaire des contrats de vaccins anti-covid négociés avec Pfizer via de simples SMS (que la présidente de la Commission dit avoir effacés depuis). À Liège, où cette plainte est entre les mains d’un juge d’instruction, l’audience est attendue pour fin 2024. Au niveau européen, une enquête est également menée par des procureurs de l’EPPO (le parquet européen), qui soupçonnent des faits d’ingérence dans les fonctions publiques, destruction de SMS, corruption et conflits d’intérêts.

Un lanceur d’alerte à protéger ?

Mais en attendant, M. Baldan, privé de son accréditation de lobbyiste depuis sa plainte, estime que le maintien de Von der Leyen à son poste lui nuit professionnellement, du fait de la position de pouvoir de l’Allemande – en passe d’être renouvelée, donc. Une candidature qui, entre autres choses, contrevient, selon lui et ses avocats, à la directive européenne censée protéger les lanceurs d’alerte.

Après avoir snobé l’audience en première instance (qui avait toutefois vu Baldan débouté de ses demandes), le PPE a cette fois-ci répondu présent par l’entremise d’un jeune avocat du cabinet Pappas. Ce dernier demandant d’abord un nouveau report de l’audience, avant de consentir à plaider, les mains légèrement tremblantes, face à l’insistance de la partie adverse et de la Cour.

Non loin se tenait Frédéric Baldan et son avocate française, Maître Protat, une personnalité bien connue par celles et ceux venus remplir, à l’invitation du lobbyiste, la salle d’audience ce mardi place Polaert. «Elle parle bien, elle n’y va pas par quatre chemins», glisse, au début de la plaidoirie de Maître Protat, Hélène*, la cinquantaine, venue soutenir le lobbyiste dans son combat contre Ursula von der Leyen. La dame, la soixantaine, loue la détermination de l’avocate, connue pour défendre avec ardeur les opposants à la vaccination contre le covid en France. Hélène n’est pas la seule à prendre fait et cause pour le lobbyiste. Présents à l’audience, une brochette de médias dits «alternatifs», de France et de Belgique, connus eux aussi pour leur opposition aux vaccins et mesures anti-covid, ne manquent pas une miette des échanges. Bravant l’interdiction de filmer, un spectateur est rapidement menacé d’être «mis dehors» par la présidente. Il s’exécute et la procédure suit son cours, (presque) normalement.

Deux mondes

De fait, ce sont bien deux mondes qui se confrontent par plaidoiries interposées. Celui de Frédéric Baldan et Maître Protat, qui durant 45 minutes, décrit une affaire tentaculaire, où «l’omerta» règne, et où tout, du politique à la justice, semble être fait pour empêcher que la lumière soit faite sur ces contrats négociés par SMS, et qui ont coûté des milliards aux États membres. De l’autre côté, se dresse la froideur juridique d’un avocat tâchant de séparer et catégoriser clairement les faits reprochés au PPE. Non, explique-t-il en substance, le parti n’est pas directement impliqué dans la candidature de Madame Von der Leyen, proposée par les États membres et approuvée (ou non) par le Parlement européen. Non, dit-il encore, il n’est pas établi que la suppression de l’accréditation de Frédéric Baldan en tant que lobbyiste soit une mesure de représailles ourdie par l’establishment. Un refus, plaide-t-il, qui n’aurait pas été contesté devant la juridiction adéquate. Des arguments qui suscitent quelques ricanements dans la salle, calmés d’un geste par Maître Protat. La décision est attendue ce jeudi.

*prénom d’emprunt

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