Après la capture de Nicolás Maduro, Donald Trump a menacé le président colombien Gustavo Petro. L’élection présidentielle de 2026 réglera-t-elle le «problème»?
La spectaculaire intervention militaire au Venezuela ne semble pas l’avoir rassasié. Le 3 janvier, Nicolás Maduro n’était pas encore débarqué manu militari sur le sol américain que son bourreau s’en prenait déjà au voisin colombien. Depuis sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, Donald Trump conseillait à Gustavo Petro «de faire attention à ses fesses». Le lendemain, le président américain haussait encore le ton face aux journalistes, qualifiant son homologue colombien «d’homme malade qui aime produire de la cocaïne et la vendre aux Etats-Unis». A la question de savoir si son pays pouvait attaquer la Colombie, Donald Trump a même répondu que «cela [lui] paraît bien».
«Il faut prendre Trump au sérieux même sur des sujets qui n’en ont pas l’air.»
Un contentieux ancien
La passe d’armes entre Donald Trump et Gustavo Petro n’est pas nouvelle. Question migratoire, droits de douane, situation à Gaza…: les deux chefs d’Etat s’opposent régulièrement par messages interposés sur les réseaux sociaux depuis le retour du magnat de l’immobilier à la Maison-Blanche. La tension entre les deux hommes est encore montée d’un cran depuis la fin de l’été et les attaques américaines en mer des Caraïbes contre de supposées embarcations de trafiquants de drogue. Elle a culminé en octobre, lorsque Donald Trump a accusé Gustavo Petro d’être un «leader du narcotrafic». «Cette escalade atteint un niveau totalement disproportionné», juge Yann Basset, professeur de sciences politiques à l’université du Rosaire, à Bogota.
A Bogota, les nouvelles menaces de Trump alimentent les inquiétudes des habitants, toujours sous le choc du sort réservé au voisin vénézuélien. Le 3 janvier, quelques dizaines de personnes manifestaient contre l’ingérence américaine. «C’est l’exemple clair de la nature interventionniste de la nation la plus dangereuse pour les intérêts de la paix des peuples du monde», s’indignait Dani, manifestant, au micro de l’agence Reuters. Le lendemain, le sentiment d’inquiétude s’intensifiait, sans perturber le rythme quotidien de la métropole. «La cocaïne, le trafic, tout cela vient de Colombie, pas du Venezuela… On ne sait jamais», craignait Estefany, une commerçante.
Un président bien élu
Faut-il réellement craindre une intervention américaine en Colombie? «Il faut prendre Trump au sérieux, même sur des sujets qui n’en ont pas l’air», observe Yann Basset, qui rappelle que Gustavo Petro est inscrit sur la «liste Clinton» des personnes considérées narcotrafiquantes par Washington. Cela dit, «le cas de la Colombie est très différent de celui du Venezuela, nuance le spécialiste. Gustavo Petro a été élu démocratiquement. Il bénéficie d’une légitimité dont ne jouissait pas Nicolás Maduro.»
Pour le chercheur, Washington tente surtout d’envoyer un avertissement à la région et aux gouvernements récalcitrants: «Le message de Trump est clair: c’est celui d’un retour à la doctrine Monroe, considérant l’Amérique latine comme l’arrière-cour des Etats-Unis.» Le message colle à la nouvelle «Stratégie de sécurité nationale» (SSN) américaine, dévoilée en décembre 2025 par le président républicain, et qui implique un recentrage des Etats-Unis sur son propre hémisphère.
L’arrestation de Nicolás Maduro a, en tout cas, renforcé la crédibilité des menaces répétées de Donald Trump. Elles devraient suffire à éviter que la Colombie, alliée historique des Etats-Unis, ne subisse le même sort que son voisin. D’autant plus que l’ élection présidentielle de juin approche. Donald Trump sera bientôt débarrassé de Gustavo Petro, qui ne compte pas se représenter…













