jeudi, mars 27

Ecolo a publié lundi matin les résultats de sa grande enquête populaire qui a recueilli plus de 18.000 réponses. Les écologistes constatent que le climat reste un point d’intérêt, mais doivent changer de ton.

Après un hiver électoral, Ecolo poursuit la refondation de son parti dans ce qui s’apparente de plus en plus à un printemps. Les résultats de l’enquête populaire menée par les écologistes au lendemain de la désignation de Marie Lecocq et Samuel Cogolati à la présidence sont tombés. Parmi les 18.500 réponses reçues, on y retrouve plus d’un quart de personnes ne s’estimant pas proches (du tout) du parti, une moitié de répondants se placent à deux ou trois sur une échelle de cinq concernant leur proximité au parti, et 17,5% se revendiquent comme aficionados.

Premier enseignement de l’enquête: 66,8% des répondants estiment que l’on ne peut se passer d’un parti écologiste, alors que 85,1% se déclarent inquiets pour la planète. Le parti constate d’ailleurs une augmentation du nombre de ses membres de 10% depuis le 9 juin.

«Ecolo doit moins parler de climat, et plus de bénéfices»

La question climatique demeure donc une préoccupation, ce qui semble paradoxal au vu de la claque reçue par Ecolo aux dernières élections. La première mission de l’équipe de Lecocq et Cogolati demeure donc de convertir ces inquiets en électeurs. «Pour ça, on travaille à reprendre pied sur le terrain, dégage d’emblée Marie Lecocq. Cela va nous permettre d’être dans une posture d’écoute, et de sortir de la position de donneur de leçons

La Bruxelloise imagine investir d’autres terrains que ceux déjà exploités par le parti. Ainsi, les figures Ecolo apparaîtront un peu moins aux conférences organisées par Natagora sur l’organisation d’une vie zéro d’échet mais un peu plus à la foire à la saucisse organisée par le club de foot local, par exemple. «Il y a une identification très forte au climat, et une préoccupation des citoyens européens, mais ce n’est pas pour autant qu’ils partagent les impératifs. Ecolo doit se demander comment capitaliser là-dessus, note le politologue et climatologue François Gemenne. L’enjeu, c’est de redevenir proche des préoccupations immédiates des gens. En gros, pour réussir sa transition, Ecolo devra parler moins de climat, et plus des bénéfices à court terme.» Faut-il pour autant abandonner la question climatique? «Surtout pas», répond François Gemenne, qui invite même le parti à se recentrer sur celle-ci tout en faisant prendre conscience des bénéfices qu’il peut apporter.

Bientôt un Georges-Louis Bouchez ou un Raoul Hedebouw écologiste?

Le problème pour Ecolo, qui a voulu faire «de la politique autrement», c’est que le parti n’a pas réussi à convaincre l’entrepreneur dans la rénovation qui utilise sa société pour faire des frais et acheter un gros SUV et qui favorise des matériaux moins isolants et plus coûteux sur ses chantiers, par exemple. Les verts ont oublié qu’avant de voter pour les générations futures, «les gens choisissent avant tout le parti qui va améliorer leur condition personnelle», selon François Gemenne.

On ne nous reproche pas d’être trop de gauche ou trop de droite. On nous reproche de ne pas être assez clair.

Marie Lecocq

Co-présidente d’Ecolo.

«Il y a une blague connue dans les couloirs du parlement qui dit que le plus grand obstacle entre Ecolo et ses électeurs, ce sont les militants Ecolo, sourit François Gemenne. L’incarnation de l’enjeu écologique se traduit aujourd’hui principalement par des jeunes citadins propres sur eux, souvent des femmes». Autant dire que cette incarnation de l’écologie ne parle pas à ceux qui ne portent pas d’estime pour le climat, ou pour les 45,3% de répondants qui estiment déjà que le programme du parti demande des sacrifices auxquels ils ne sont pas prêts. Pour porter une idée claire de l’écologie populaire, Ecolo devra emprunter les mots de ses non-électeurs, leur style, et porter l’idée que leurs intérêts ne sont pas incompatibles.

Comment atterrir?

Tout ça n’indique pas encore vraiment vers où va ce parti, et comment il compte développer cette écologie populaire. «C’est assez normal, temporise le ministre bruxellois Alain Maron. Pour l’heure, on n’est pas dans une stratégie gauche-droite. Le parti doit d’abord retrouver de la connexion. On perd les plus jeunes, de moins de 16 ans, alors qu’ils voteront aux prochaines élections.» Et, jeunes comme moins jeunes s’en vont assez massivement vers la droite, puisqu’aux dernières élections, Ecolo a perdu 21,4% de ses électeurs vers Les Engagés, et 13,4% vers le MR (alors que les deux autres partis de gauche, le PS et le PTB, leur ont volé 13,5% à eux deux).

«On ne nous reproche pas d’être trop de gauche ou trop de droite, répond Marie Lecocq. Mais de ne pas être assez clair.» Pour ça, le parti entend –comme il le fait en flux continu depuis l’entame de sa refondation– faire appel à «la société civile» qui aidera à porter un discours clair. Clair comme un jour de printemps.

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