lundi, janvier 5

Le prince héritier du Maroc «profite» de la tenue de la Coupe d’Afrique des nations pour soigner son image de personnalité simple et proche de la population.

Qui a encore en tête que la jeunesse marocaine, la GenZ212, tempêtait dans les rues des villes du pays en octobre pour réclamer plus de moyens en faveur de la santé et de l’éducation après la mort de huit femmes devant accoucher par césarienne dans un hôpital d’Agadir? Le grand spectacle de la Coupe d’Afrique des nations de football qui se déroule de Marrakech à Tanger est passée par là et a apporté une soupape de divertissement, potentiellement éphémère, au peuple marocain.

Cette parenthèse enchantée était sans doute une belle occasion de mettre en avant celui qui est appelé à régner après le roi Mohammed VI, le prince Moulay Hassan. Agé de 22 ans, le fils héritier a terminé en mai 2025, par un master en relations internationales à la faculté de gouvernance et des sciences économiques et sociales, son cursus universitaire à l’université Mohammed VI polytechnique de Rabat. Il y a aussi fait l’apprentissage du chinois alors qu’il maîtrise déjà l’arabe, l’amazighe, le français, l’anglais et l’espagnol. C’est lui qui a présidé à l’ouverture de la compétition le 21 décembre dans le stade prince Moulay Abdellah de Rabat, du nom d’un oncle du roi décédé en 1983. De l’avis général, il a étonné par sa décontraction et sa «simplicité». Après avoir salué les joueurs des deux équipes opposées dans ce match inaugural, le Maroc et les Comores, il s’est avancé au centre du terrain sous une pluie battante, a été ovationné par la foule, et a lancé le match d’une «louche» de belle tenue. La soirée fut couronnée par la victoire de l’équipe nationale, dans la logique de la différence objective de niveau entre les deux formations.

«La relève est, sinon prête, du moins en train de mûrir.»

Questions sur la succession

La question de la succession de Mohammed VI n’est pas ouverte au Maroc. Mais les doutes sur le parfait état de sa santé alimentent légitimement le débat sur la prochaine étape de la monarchie alaouite. Le souverain actuel est monté sur le trône le 23 juillet 1999, soit il y a plus de 26 ans. Il est âgé de 62 ans. Et il souffre de sarcoïdose, une maladie inflammatoire chronique qui provoque la formation de granulomes, des amas de cellules immunitaires. Cette pathologie expliquerait son absence lors de l’inauguration de la Coupe d’Afrique des nations sans qu’elle hypothèque sa présence lors de la confrontation finale, prévue le 18 janvier.

La participation du prince héritier au lancement de cette compétition qui doit asseoir le prestige du Maroc sur la scène internationale et préparer la coorganisation du Mondial de 2030 avec l’Espagne et le Portugal, s’inscrit dans un processus de formation au métier de roi. Moulay Hassan a été nommé colonel-major le 31 juillet 2025. Il multiplie les apparitions à des festivités officielles en compagnie ou en remplacement de son père. Dans l’épisode intitulé «Au Maroc, une atmosphère de fin de règne pour Mohammed VI» d’une vaste enquête sur l’état du royaume chérifien, les journalistes Christophe Ayad et Frédéric Bobin (Le Monde) explicitaient les interrogations sur l’état de santé de Mohammed VI et avançaient qu’«à ceux qui persisteraient à s’alarmer, il est suggéré que la relève est, sinon prête, du moins en train de mûrir, de s’initier à l’impérium et de se frotter au monde, en vertu des traditions immémoriales».

Nationalisme puissant

La succession de Mohammed VI ouvrira en effet un champ d’interrogations: sur la proximité de la royauté avec la population, sur le rôle du Makhzen, l’entourage du roi, dans la gestion des affaires de l’Etat, ou sur la place de la mère du prince Moulay Hassan, Lalla Salma, au sein de la cour après son accession au trône. L’ex-épouse de Mohammed VI, dont elle est divorcée depuis 2018, fut très discrète tout au long de ces années. On la voit à nouveau parcimonieusement, chaque fois aux côtés de son fils. Ce fut le cas lors d’une balade, à bonne distance de sécurité tout de même, que le prince héritier s’est autorisée sur la célèbre place Jemaa El-Fna de Marrakech, le 26 décembre. Le retour en grâce de Lalla Salma présage-t-il des tensions entre deux «clans» de la famille royale?

Cette apparition publique est du moins une nouvelle illustration de la volonté du prince Moulay Hassan de donner l’image d’un membre de la famille royale «moderne» et proche du citoyen. «Le nationalisme est très puissant au Maroc et il trouve là (NDLR: dans la tenue de la CAN) un moyen de s’exprimer de manière consensuelle, pacifique, et s’il y a des résultats, on atteint des degrés d’adhésion considérables», expliquait Pierre Vermeren, spécialiste du Maroc, dans une interview à RFI le 20 décembre. Le Maroc n’a pas encore gagné la compétition mais le prince Moulay Hassan, lui, a déjà engrangé des succès. Pourra-t-il être le roi de la GenZ?

Share.
Exit mobile version