La rapidité avec laquelle s’est propagé l’incendie dans le bar «Le Constellation», qui a fait 40 morts, soulève bien des questions autour des dispositifs de sécurité de l’établissement.
Les 40 victimes de l’incendie de la Saint-Sylvestre dans le bar «Le Constellation» ont été identifiées. De nombreux touristes –une dizaine d’Italiens, autant de Français, une Belge– figurent parmi les personnes décédées. Cent dix-neuf blessés, pour la plupart gravement brûlés, ont été répartis dans les hôpitaux du pays équipés de soins spécialisés, et à l’étranger, notamment en Allemagne, en France, en Italie et en Belgique.
Dès le lendemain du drame, les autorités excluaient l’hypothèse d’un acte terroriste. Selon la procureure chargée du dossier, Béatrice Pilloud, le drame a été probablement provoqué par des bougies incandescentes fixées sur des bouteilles de champagne, tenues trop près du plafond. Des vidéos tournées par des témoins montrent l’une des serveuses du bar, juchée sur les épaules d’un homme masqué, une bouteille dans chaque main, alors que le revêtement du plafond prend feu. L’incendie se serait propagé à grande vitesse à l’ensemble du local, un phénomène connu sous le nom de flashover, un embrasement général lié à l’émission de gaz, accompagné d’explosions. Les témoins décrivent des scènes de panique dans l’établissement bondé, de grands brûlés étalés à même le sol devant le bar, des parents affolés tentant de pénétrer dans l’établissement à la recherche de leurs enfants. Quelque 300 personnes –pour la plupart des jeunes– se trouvaient dans le sous-sol du Constellation ce soir-là. La police est arrivée sur place quelques minutes seulement après la première alerte, suivie des pompiers et des sauveteurs. Toute la nuit, une quarantaine d’ambulances et quinze hélicoptères ont œuvré à transporter les blessés vers les centres de grands brûlés.
L’incendie de Crans-Montana a plongé la Suisse en état de choc et soulève bien des interrogations dans la Confédération autour de possibles déficits liés à la sécurité incendie. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte contre le couple de Français propriétaire de l’établissement. Beaucoup de questions se posent aussi autour du respect et du contrôle des mesures de sécurité par les autorités locales et le canton du Valais, où se situe la station de sports d’hiver. L’enquête devra apporter les réponses.
L’incendie se serait propagé à grande vitesse à la suite d’un embrasement général lié à l’émission de gaz.
Un revêtement qui pose question
Le revêtement fixé au plafond du bar est au centre du travail des enquêteurs. Des photos de 2015 –l’année où le couple Moretti a racheté et rénové l’établissement– montrent comment les propriétaires ont apposé un nouveau matériau insonorisant en mousse au plafond de la cave, qui faisait office de discothèque. Le matériel était-il aux normes? Pourquoi le respect des normes incendie n’a-t-il pas été contrôlé tous les ans, comme le veut la loi suisse? Jacques Moretti a déclaré à la presse suisse que son établissement n’aurait été contrôlé que trois fois en dix ans. Lors de l’ouverture, en décembre 2015, de nouvelles normes anti-incendie venaient d’entrer en vigueur dans la Confédération.
L’enquête porte également sur les escaliers menant à la cave. Tout local en sous-sol pouvant accueillir plus de 100 personnes doit être équipé de deux escaliers, selon la législation helvète. Des témoins assurent que l’escalier principal du Constellation aurait été rétréci pendant les travaux de rénovation, tandis que l’issue de secours –via un second escalier dans une pièce retranchée– était toujours fermée à clé pour empêcher des intrus de pénétrer dans le bar. Une ancienne serveuse assure avoir eu pour consigne de toujours fermer cette porte à clé.

L’usage de bougies incandescentes dans un espace fermé fait aussi débat. Classées dans la catégorie des engins pyrotechniques de type 1, donc peu inflammables, elles peuvent être utilisées en intérieur, «à condition qu’aucun matériau inflammable ne se trouve à proximité», précise David Schärz, le gérant de la société Pyrostar, qui commercialise des feux d’artifice et des pétards. Les étincelles de ces engins s’éteignent rapidement. Mais la température de la flamme principale est, elle, très élevée.
De jeunes clients
Les enquêteurs s’interrogent également sur la présence de nombreuses personnes mineures dans le bar pendant la soirée de la Saint-Sylvestre. La plus jeune victime était âgée de 14 ans. Selon la législation du canton du Valais, l’accès à un établissement vendant de l’alcool aurait dû être interdit aux mineurs de moins de 16 ans non accompagnés d’un adulte au-delà de 22 heures. Là encore, le respect de la législation est en question. Le Constellation était connu pour être populaire auprès d’un public très jeune.
L’incendie de la Saint-Sylvestre survient alors que la Suisse travaille à une refonte de sa législation anti-incendie. Les nouveaux protocoles doivent entrer en vigueur au premier trimestre 2027. «La tendance est à davantage de contraintes et de responsabilités pour les propriétaires», précise Gregor Plett, membre du directoire de la Fédération suisse de la protection anti-incendie. A l’avenir, les contrôles pourraient être davantage effectués par des experts privés. «Mais ces sociétés répondent à la loi de l’offre et de la demande, rappelle l’expert. Leur confier la protection incendie est de ce fait problématique.» Un expert réputé trop strict risquerait en effet de perdre sa clientèle.
A Crans-Montana, l’enquête est loin d’être achevée. L’onde de choc est aussi particulièrement vive en Italie, où le vice-Premier ministre, Matteo Salvini, réclame l’ouverture des portes de prison «pour un certain nombre de personnes».












