La compagnie low cost Ryanair confirme qu’elle va réduire le trafic d’1,1 million de passagers en 2026, à Charleroi et à Bruxelles, et prévoit de poursuivre en 2027 avec la suppression d’un million de sièges supplémentaires «si Charleroi maintient sa taxe communale.»
Ryanair a pris la décision de supprimer 1,1 million de sièges de passagers à partir de la Belgique en 2026 et encore un million en 2027, a annoncé son patron, Michael O’Leary lors d’une conférence de presse donnée à Bruxelles. En l’occurrence, il s’agirait d’une diminution de plus de 22% à Bruxelles et Charleroi: de cinq avions basés à Charleroi et de vingt liaisons pour son programme hivernal 2026-2027 au départ de la Belgique. La réduction porterait sur les fréquences de vols, plutôt que sur le nombre de destinations.
L’annonce était attendue. La compagnie aérienne low cost avait déjà annoncé qu’elle comptait revoir son offre à la baisse dans les aéroports de Bruxelles et Charleroi, en raison de l’augmentation de la taxe aérienne imposée par la Belgique. La compagnie irlandaise qui dessert 119 destinations depuis Charleroi, où elle a dix-huit appareils basés, et 11 depuis Brussels Airport, s’était levée contre la volonté du gouvernement fédéral d’augmenter la taxe sur les billets d’avion et de celle de la Ville de Charleroi d’instaurer une taxe communale de trois euros par passager à l’aéroport de Charleroi. Cette dernière décision devant être encore validée par le ministre wallon de la Mobilité, François Desquesnes (Engagés).
Lors de son dernier exercice budgétaire, le gouvernement De Wever avait annoncé son intention d’uniformiser à terme la taxation des billets au départ de la Belgique à dix euros après avoir déjà augmenté la taxe initiale de 2 euros à 5 euros. Quant à la Ville de Charleroi, elle veut taxer l’aéroport régional à hauteur de trois euros par passager. A l’annonce de ces informations, Ryanair avait indiqué que «des milliers d’emplois sont en jeu.» Ryanair a vu son bénéfice bondir de 42% sur les six premiers mois de son exercice, et ses ventes augmenter de 13 % pour 207 millions de passagers transportés.
leitmotiv et menaces
Le leitmotiv est aussi bien étudié qu’un plan de vol: à chaque annonce de nouvelles taxes aéroportuaires, Ryanair menace de retirer des destinations, de façon plus ou moins brutale, chez celui qui ose augmenter. Du chantage en pilote automatique. Et la Belgique fait tout sauf exception dans le procédé. Jeter un coup d’œil chez ses voisins européens suffit pour constater que la même recette est appliquée par la compagnie irlandaise. Récemment à Eindhoven et à Vienne, plus largement en Espagne, en Italie ou en Allemagne.
Il faut dire que le modèle de la compagnie low-cost est atypique. Contrairement aux compagnies plus traditionnelles, elle ne dispose pas de hub central fort, et déploie ses ailes sur plus de 50 bases, principalement dans des aéroports régionaux ou périphériques, de plus petite taille. Un business model qui fonctionne à merveille, puisque son controversé patron Michael O’Leary y négocie des marges brutes largement plus avantageuses que dans les aéroports de premier plan. C’est pour cela, dans la majorité des cas, que Ryanair préfère voir atterrir ses avions à Gérone qu’à Barcelone, à Bergame qu’à Milan, ou à Charleroi qu’à Bruxelles.
Ryanair: Charleroi reste un trésor de rentabilité
Les taxes aéroportuaires émergentes créent désormais quelques turbulences autour du modèle de vente de Ryanair, dont la base repose toujours sur des appels d’offres tape-à-l’œil. «Vols à partir de 20 euros!». Avec des taxes de dix euros, comme annoncé par le gouvernement fédéral, à laquelle pourrait se greffer une autre de trois euros, ajoutée par la Ville de Charleroi, ce sont surtout ces offres «d’entrée» qui sont menacées. Pas la rentabilité globale de la compagnie aérienne.
La victimisation irlandaise mérite une mise en perspective. Car, pour Ryanair, Brussels South Charleroi Airport (BSCA) reste un trésor de rentabilité à ne surtout pas perdre. «La base la plus profitable de Ryanair en Europe», assure Wouter Dewulf, professeur en économie des transports à l’UAntwerpen. La symbiose avec la compagnie est évidemment forte: 85% des voyageurs se rendant à Gosselies sont des passagers Ryanair. «L’aéroport reste très bon marché grâce aux subsides wallons (NDLR: 32 millions d’euros par an), et Ryanair parvient toujours à y faire beaucoup d’argent. Leur marge brute est énorme», souligne le professeur.
La Belgique ne doit donc visiblement pas culpabiliser à l’idée d’augmenter la taxe aéroportuaire, pour autant qu’elle reste mesurée. Car ses voisins en appliquent également. Et elles sont déjà bien plus élevées: 30 euros aux Pays-Bas, de quinze à 40 euros en Allemagne, de 20 à 60 euros en France. «Cependant, heureusement que la Belgique maintient des taxes inférieures, précise Wouter Dewulf. Notre pays n’a que peu d’atouts pour attirer les compagnies. Et Brussels Airlines n’est pas un acteur fort sur le marché. En comparaison, Schiphol (Amsterdam), Francfort ou Paris disposent de lignes aériennes très solides. La Belgique doit donc faire des concessions pour améliorer sa connectivité.»
Brussels Airport: d’autres compagnies se frottent les mains
A Bruxelles, la suppression évoquée de sept liaisons hivernales semble encore moins problématique. En supprimant des «slots» (NDLR: des créneaux de vols, très prisés), Ryanair permettrait à d’autres compagnies de s’en emparer. «Brussels Airlines, Vueling, Transavia ou même Wizzair sont certainement très contents suite à cette annonce, glisse Wouter Dewulf. Dans l’aérien, ce n’est pas parce qu’une offre diminue que la demande baisse mécaniquement. En Espagne, par exemple, Vueling s’est directement emparée des lignes désertées par Ryanair.». Pour le spécialiste, donc, «Ryanair cherche ce rapport de force, et cela fonctionne: le ministre-président wallon fait d’emblée un communiqué de presse qui questionne les décisions gouvernementales. C’est exactement le but du chantage initié par l’entreprise irlandaise, auquel nos dirigeants ne doivent surtout pas céder.»
En aviation, la saison d’hiver, ciblée par Ryanair, débute en octobre. «La compagnie peut donc mettre un coup de pression plusieurs mois avant, comme elle le fait actuellement, de façon à tester la réactivité des autorités, et, en fonction, éventuellement maintenir les vols initialement menacés», décrit Bart Jourquin, pour qui Ryanair ne retirera pas un million de sièges d’un coup. «C’est irréaliste: la compagnie doit pouvoir répercuter cette perte et trouver d’autres lignes ailleurs. Et, aujourd’hui, les aéroports ne se battent plus pour attirer la compagnie low-cost chez eux…»
En vérité, donc, le ciel ne semble pas aussi sombre que Ryanair veut le faire croire. Mais tant que le politique confondra turbulence et crash, la compagnie gardera la main sur le manche.















