jeudi, janvier 15

Si les Européens sont divisés sur le Mercosur, les Belges le sont entre eux. Il ne faut pas parler de la position mais des positions de la Belgique. Sportif.

En Belgique, royaume du compromis, on s’est mis d’accord pour… ne rien décider et être le seul à s’abstenir sur le Mercosur, faute de consensus entre entités du pays. Les agriculteurs wallons sont, depuis longtemps, très nombreux à manifester leur opposition à ce traité. Dès lors, très logiquement, la Wallonie s’est déclarée contre, surtout par la voie de la ministre MR de l’Agriculture Anne-Catherine Dalcq, par ailleurs concernée, puisqu’elle a repris l’exploitation agricole de ses parents près de Jodoigne en 2023. En Flandre, où les agriculteurs se sont aussi mobilisés (notamment ceux du puissant syndicat Boerenbond), les positions sont plus partagées. Le CD&V, historiquement proche du secteur, exigeait des clauses miroirs comme le revendiquent les organisations agricoles pour se protéger de la concurrence déloyale des paysans du Mercosur.

«La Flandre, orientée vers l’exportation, a tout à gagner avec le Mercosur.»

La N-VA, elle, défend bec et ongles la nouvelle association de libre-échange. Le parti nationaliste ne dit rien d’autre que ce que clame Frank Beckx, CEO du Voka, le patronat flamand: «La Flandre, en tant qu’économie orientée vers l’exportation, n’a rien à perdre et tout à gagner avec le Mercosur.» Et de rappeler qu’au nord du pays, un emploi sur trois est lié au commerce. «Mais au-delà de l’aspect commercial, l’accord joue aussi un rôle géopolitique important, souligne le député européen N-VA Johan Van Overtveldt. Sans celui-ci, nous laissons de facto le champ libre aux grandes puissances comme la Chine dans la région, avec des conséquences sur le climat, l’environnement et les règles du jeu.»

A la tête de la FEB, Pieter Timmermans rappelle que «1.640 entreprises belges, dont 83% sont des PME, sont actives dans les pays du Mercosur». Tout en évitant de parler des revendications agricoles, il fait référence à l’étude d’impact du SPF Economie qui a identifié 26 groupes de produits commerciaux belges –dans les secteurs plastiques, textiles, chimiques, agroalimentaires ou des machines– pour lesquels l’accord offre de nouvelles chances d’exportation. D’un autre côté, le CNCD a pointé, dans une étude révélée par Le Vif, que, sans clauses miroirs, l’accord Mercosur engendrera un «double standard dans nos assiettes», notamment à cause des antibiotiques utilisés comme promoteur de croissance pour les bœufs du Mercosur, mais interdits pour les animaux européens, ou des pesticides bannis sur le Vieux Continent, mais permis outre-Atlantique, dont un taux de résidus sera autorisé par l’UE.

Parmi les partis francophones, le MR et Les Engagés ont semblé avoir du mal à choisir la bonne position. Comme l’a souligné la «revue paysanne et citoyenne» Tchak, les deux partis ont adopté des postures différentes d’un Parlement à l’autre, en particulier sur la question de la saisine de la Cour de justice européenne à propos de la légalité de l’accord Mercosur. Au Parlement européen, MR et Engagés ont signé une résolution pour une saisine maximale, tandis qu’à l’échelon wallon, la ministre De Bue (MR) a proposé de limiter l’examen par la CJUE au volet agricole. Comprenne qui pourra…

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