Georges-Louis Bouchez propose de taxer les mutuelles. La proposition peut susciter l’adhésion, la colère ou faire sourire. Mais elle est surtout un épisode parmi d’autres de cette inimitié qui se constitue entre le gouvernement et les corps intermédiaires, syndicats et mutuelles en premier lieu.
Lorsque les mutualités s’occupent d’épaules, il s’agit en principe de remboursements de soins orthopédiques, ostéopathiques ou kinésithérapiques, certainement pas de questions fiscales. Et pourtant…
Personne ne sait vraiment qui sont les «épaules les plus larges». Ces quatre mots se sont imposés parmi les éléments de langage consacrés en politique belge. Chacun y va de son acception. Ainsi en est-il également des «classes moyennes» ou, à l’autre bout de la chaîne, des «personnes précarisées». Où débutent ces catégories de population? Où s’arrêtent-elles?
Les épaules les plus larges peuvent être les personnes gratifiées de revenus très confortables, détentrices d’actions ou possédant un patrimoine élevé, moyennant des seuils que chacun fixera à sa guise. La notion d’épaules les plus larges peut même recouvrir toute une série de sociétés et autres personnes morales, sans que l’on puisse collectivement s’accorder sur les contours de la définition. L’idée, en revanche, consiste toujours à considérer que ces épaules sont sans doute un peu trop larges, en tout cas fort bien dotées, et qu’il conviendrait de les faire un peu mieux contribuer à l’effort collectif. D’un point de vue fiscal, s’entend.
On peut même faire preuve de créativité et inclure, au sein de cet ensemble scapulaire, des organisations plus inattendues. Ainsi en est-il des mutuelles, que le président du MR, Georges-Louis Bouchez, reprenant à son compte cet élément de langage cher à la gauche, ne rechignerait pas à taxer un peu. «Les voilà, les épaules les plus larges!», a-t-il observé lors des vœux annuels de son parti. Ces mutuelles, toutes ensemble, seraient dotées d’un patrimoine de près de six milliards d’euros, a-t-il rappelé. «Ça, c’est les épaules de Stallone. Ça, c’est les grosses épaules.»
«Ça, c’est les épaules de Stallone. Ça, c’est les grosses épaules.»
On aime rire des mutuelles, en Belgique. N’avons-nous pas pondu, dans les années septante, le célèbre tube comico-raciste A la moutouelle? «Moutoutou, moutoutou, moutouelle», la petite rengaine a traversé les générations.
Plus sérieusement, l’idée du président libéral, face aux «400 millions d’impôts qu’elles ont éludés sur les quatre dernières années», est de les taxer autant que les autres sociétés. Par solidarité, argue-t-il. La proposition et l’emploi du terme «éluder», pour qualifier un régime fiscal parfaitement légal et transparent, ont fait sortir les mutuelles de leurs gonds.
Le patrimoine est important, certes, mais il a une histoire et sa raison d’être, à savoir que les mutuelles, dans un modèle non marchand, sont tenues de constituer elles-mêmes un fonds de réserve, mis en place à partir du début des années nonante spécifiquement pour qu’elles se responsabilisent et puissent faire face aux difficultés éventuelles.
Le modèle des mutuelles tel qu’elles fonctionnent est épisodiquement remis en question. Le sujet est éminemment politique et provient principalement du MR et de la N-VA, qui se verraient bien les abolir ou les réduire à peau de chagrin. Cette sortie est une proposition politique. Elle est aussi une étape parmi d’autres de l’histoire de désamour qui s’écrit sous nos yeux entre le gouvernement (son aile droite, du moins) et les corps intermédiaires.




