Le gouvernement entend juguler le surendettement lié au «Buy now, pay later» que proposent nombre de plateformes. En faisant peser la responsabilité des contrôles essentiellement sur leurs épaules. Un vœu pieux?
«Avez-vous des dettes avec Klarna? Si oui, combien et pourquoi?», demandait, voilà un an, cet internaute sur un forum dédié, lançant une longue discussion sur le surendettement lié aux plateformes semblables à cette firme suédoise dont le business model repose sur le «Buy now, pay later» (BNPL). Traduction: «Achetez maintenant et payez plus tard.» En théorie, il s’agit d’une facilitation de paiement, la plateforme s’intercalant entre l’acheteur et le commerçant –la note étant réglée le temps que le produit arrive. Mais en cas de retard de paiement, gare à la facture et aux intérêts…
Culpabilité et honte
«Un jour, mes dépenses de vie étaient si élevées que j’ai pris du retard sur mes paiements et que chaque mois, je ne pouvais payer que les intérêts, plus les pénalités de retard, plus les frais de recouvrement récurrents», confesse un internaute, qui a pu accumuler jusqu’à 3.500 euros de dettes avant de parvenir à retrouver la pleine maîtrise de son budget. Un autre tempère: «J’utilise Klarna régulièrement, mais je n’ai aucune dette. Cependant, j’utilise le virement immédiat et je me tiens à l’écart de toute fonction « payer en 30 jours en toute tranquillité ». Je n’achète que ce que je peux me permettre et seulement si j’ai l’argent disponible. Une de mes connaissances a cependant accumulé environ 5.500 euros de dettes avec Klarna», prévient-il, quand un autre pointe sa propre modération, tout en alertant sur la consommation de ses proches, dont certains «doivent quelques centaines d’euros à Klarna».
«Une de mes proches a accumulé environ 5.500 euros de dettes avec Klarna.»
Cet autre internaute pointe une problématique supplémentaire: la honte d’avoir cédé à une impulsion sans être en mesure d’éponger la dette. «Quand j’étais jeune, j’ai souscrit à Klarna pour acheter des trucs sur Instagram. C’étaient deux erreurs, je voulais juste acheter des écouteurs pour 40 euros, je les ai eus, mais j’ai reçu une facture de 120 euros. J’ai paniqué, j’ai ignoré le truc pendant des mois jusqu’à ce que je reçoive des lettres de Klarna et j’ai dû payer 300 euros au lieu de 120 euros. J’étais aussi doublement stupide et je n’ai pas cherché d’aide, parce que j’avais honte.»
Outre Klarna, il existe des dizaines de plateformes de paiement en différé, parmi lesquelles Oney, Scalapay, Afterpay et même… Paypal. Autant de portes d’entrée qui mènent à la pente glissante du surendettement? Selon une enquête de l’Association belge de recherche et d’expertise des organisations de consommateurs (AB-Reoc) menée en 2024, une grande partie des utilisateurs de Klarna&co «sont des jeunes de moins de 24 ans (28,5 %) et des personnes ayant un comportement d’achat compulsif. Près de deux personnes sur dix (17 %) ont déjà été en contact avec un bureau de recouvrement à cause de ce mode de paiement, car elles n’arrivaient pas à payer leurs mensualités à temps.»
En pleine face
A l’époque, cela avait conduit le gouvernement, sous la houlette du ministre Rob Beenders (Vooruit), en charge de la Protection des consommateurs, à mettre sur pied une campagne de prévention au slogan ronflant. «Payer plus tard? Ça peut te revenir en pleine face», scandait ce clip montrant un jeune homme (généré par IA) accumulant les achats compulsifs réglés depuis son smartphone.
«Lorsque vous êtes en famille autour de la table, parlez des dangers que ce type d’applications peut représenter. Beaucoup de parents ignorent encore l’existence de ces applications et ne savent pas que leurs enfants les utilisent. Une meilleure sensibilisation peut déjà faire une grande différence», expliquait Rob Beenders, bien décidé à appuyer sur l’accélérateur sous la présente législature.
Fin 2025, un communiqué du ministre a ainsi promis que «les mineurs seront bientôt mieux protégés contre les services « Buy now, pay later ».» Pour cela, «une nouvelle législation obligera ces services à refuser l’accès à leur plateforme aux moins de 18 ans. Les mineurs ne pourront donc plus conclure de crédits. Jusqu’à présent, il était beaucoup trop facile de le faire, alors même que cela est interdit. Si nous constatons que les services « BNPL » continuent à prendre trop peu de mesures pour refuser les mineurs sur leurs plateformes, nous leur imposerons une application de vérification telle que ItsMe», prévient le ministre, qui cible particulièrement la firme suédoise. «Les Klarna et consorts devront également vérifier si la personne qui contracte un prêt est suffisamment solvable», ajoute Rob Beenders, assurant que «les services « Buy now, pay later » relèveront bientôt du crédit à la consommation, ce qui n’était pas encore le cas jusqu’à présent.»
Plus de listes noires?
Mais les plateformes se plieront-elles si facilement à de telles obligations? Sollicitée, Klarna n’a pas répondu à l’heure d’écrire ces lignes. Un petit tour sur le forum semble du moins plaider en faveur d’une politique plus stricte pour protéger les mineurs. Ce qui fut le cas, un temps. «A l’époque, j’étais encore à l’école (j’ai donné une fausse date de naissance), j’avais parfois un petit job ou je donnais des cours particuliers», détaille ainsi cette internaute, estimant avoir «acheté énormément via Klarna». Au détail près «qu’à l’époque, ce n’était pas si facile d’accumuler ces dettes, car on ne pouvait pas simplement repousser la facture comme aujourd’hui et aussi, à partir d’un certain nombre de factures ouvertes, on ne pouvait plus acheter. Bien sûr, j’ai exagéré et j’étais régulièrement bloquée par Klarna, jusqu’à ce que mes factures soient payées. J’ai fini par payer mes factures en retard si souvent que j’ai été placée sur une liste noire à vie par l’application.»
Reste à savoir si les plateformes accepteront de multiplier d’elles-mêmes les interdictions de fréquentation.
















