Quitte à trimer quinze heures par semaine dans l’Horeca ou la grande distribution, pourquoi ne pas déjà cotiser pour sa pension? C’est le pari du PS, qui vient de déposer une proposition de loi visant à offrir des droits à la retraite aux étudiants. Une belle promesse sur papier, qui se confronte mal à la réalité.
Les jobs étudiants sont devenus le moteur de certains secteurs économiques. Pourquoi n’ouvriraient-ils dès lors pas le droit à la pension? C’est le pari que fait la députée Marie Meunier (PS) en déposant une proposition de loi à la Chambre. Le texte précise: le travail étudiant s’exerce très souvent dans des secteurs «physiquement exigeants» comme l’Horeca ou la distribution. Plus d’étudiants devraient dès lors bénéficier de droits sociaux.
Concrètement, aujourd’hui, employeurs et étudiants payent des cotisations réduites. Le PS propose que, dès qu’un étudiant dépasse 450 heures par an, il puisse valoriser toutes ses heures pour une pension future. L’employeur payerait le prix plein uniquement pour les heures supplémentaires. Par exemple: si l’étudiant travaille 500 heures, toutes compteraient pour sa pension. L’employeur, lui, payerait des cotisations «normales», non réduites donc, uniquement pour les 50 dernières heures.
Viable? «Non»
Les économistes Jean Hindriks et Pierre Devolder, tous les deux professeurs à l’UCLouvain, posent un diagnostic clair: financièrement le dispositif est «bancal», voire «totalement irréaliste». Jean Hindriks pointe le contexte dramatique des finances publiques: en Belgique, la sécurité sociale est déjà sous perfusion de l’Etat à 60%. « Il ne faut pas chercher ailleurs si on se demande pourquoi on est en déficit partout. Alors, proposer des mesures sans financement, ça n’a vraiment aucun sens. On ne peut pas jouer avec l’argent public» martèle-t-il.
«Il ne faut pas chercher ailleurs si on se demande pourquoi on est en déficit partout. Alors, proposer des mesures sans financement, ça n’a vraiment aucun sens. On ne peut pas jouer avec l’argent public.»
Jean Hindriks
«Il faudrait voir combien de personnes cela touche, se défend Caroline Désir (PS), signataire du projet. Ce ne sont pas les quelques pour cents d’étudiants concernés qui vont plomber la sécurité sociale». La mesure ne toucherait en effet pas grand monde. En 2023, les travailleurs étudiants ont presté en moyenne 216,2 heures. Seuls 3% ont utilisé la totalité ou la quasi-totalité des 600 heures et 1% les ont dépassées. Le PS cherche à dénoncer un déséquilibre: «La sécurité sociale souffre pour le moment du manque à gagner de tous les cadeaux fiscaux faits aux employeurs dans le cadre du travail étudiant.»
Au-delà de sa faisabilité, la mesure interroge quant à sa pertinence. «Je ne suis même pas sûr que ça intéresse les étudiants», avance Pierre Devolder. Il rappelle qu’un régime spécifique permet déjà aux étudiants de racheter leur années d’études pour leur pension. Sur le concept, le chercheur s’étonne d’un rapprochement des systèmes de travail: «A quoi ça sert encore d’avoir des jobs étudiants dans ce cas-là?»
Si Adam Assaoui, président de la FEF, accueille «favorablement» la mesure, il questionne le travail étudiant comme modèle de société: «Si des étudiants veulent travailler, c’est très bien, mais travailler pour financer ses études n’a pas de sens. 600 heures par an, c’est l’équivalent d’un tiers-temps.»
En toile de fond: la place du travail étudiant
Le texte s’ancre dans le débat plus large de l’augmentation du travail étudiant. Le PS dit agir en «opposition constructive». L’année dernière, la majorité décidait d’augmenter les plafonds à 650 heures. «Nous, au départ, on respecte le côté dérogatoire et exceptionnel du travail étudiant, explique Caroline Désir. On demande de la cohérence de la part de la majorité, si on débloque les plafonds des étudiants, alors il faut que des droits sociaux suivent.»
Pierre Devolder reconnaît un dispositif aux «allures généreuses, mais bancal». En brandissant le droit à la pension, les socialistes savent que le texte n’est pas viable mais forcent le débat: veut-on des jeunes qui étudient ou une main-d’œuvre bon marché pour colmater les brèches du marché de l’emploi?
















