La perspective d’une montagne de nouveaux droits de douane sur les produits entrant aux Etats-Unis suscite lundi l’appréhension des partenaires commerciaux de la première économie mondiale et fait décrocher les marchés boursiers.
Après l’acier et l’aluminium et avant l’automobile, le président américain, Donald Trump, compte passer à la vitesse supérieure mercredi, en annonçant ses droits de douane « réciproques« .
Le 2 avril, qu’il surnomme « jour de la libération », M. Trump compte ériger de nouvelles barrières douanières qui devraient notamment dépendre des taxes que les pays concernés imposent eux-mêmes sur les produits américains.
Les marchés financiers sont plombés lundi par cette perspective.
Les Bourses asiatiques et européennes ont terminé en nette baisse (-4,04% à Tokyo, -3% à Séoul, -1,58% à Paris, -1,33% à Francfort). A Wall Street, l’indice américain de référence S&P 500, aussi dans le rouge, a brièvement atteint son plus bas depuis septembre.
Le président américain maintient le flou à quelques jours de l’échéance, notamment sur le nombre de pays concernés.
« On commencerait par tous les pays, on verra bien », a-t-il esquissé dimanche, écartant l’hypothèse que ces nouveaux droits de douane ne touchent qu’un nombre restreint de partenaires commerciaux de Washington.
Le ministre américain des Finances, Scott Bessent, avait émis la possibilité de cibler 15% des nations, celles qui enregistrent des déséquilibres commerciaux récurrents au détriment de Washington.
Mais Donald Trump répète que le monde entier, en particulier les alliés des Etats-Unis, « profite » de son pays.
Suspendus à cette échéance, les pays subissant régulièrement les foudres de Donald Trump fourbissent leur riposte.
Pékin et Ottawa ont commencé à répondre aux premiers nouveaux droits de douane les visant, l’Union européenne promet de faire de même.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a appelé lundi le président américain à « réfléchir » encore. « La coopération est toujours préférable à la confrontation », a-t-il plaidé.
« Tout remettre en question »
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump a déjà augmenté les droits de douane sur les produits entrant aux Etats-Unis. Il a visé ceux qui viennent de Chine, une partie de ceux en provenance des voisins mexicain et canadien, de même que l’acier et l’aluminium quelle que soit leur provenance.
Dès le 3 avril 04H01 GMT, Washington prévoit également d’imposer 25% de taxes additionnelles sur les voitures étrangères mais aussi sur les pièces détachées entrant dans la composition des véhicules assemblés aux Etats-Unis.
Les prix vont augmenter et déprimer la demande, prévoit l’agence Fitch, qui a dégradé son estimation du nombre de voitures neuves qui seront vendues en 2025 aux Etats-Unis, à 16 millions d’unités (- 300.000 par rapport à sa dernière projection), selon une note de recherche publiée lundi.
Le fait que les Etats-Unis importent plus qu’ils n’exportent est une obsession pour M. Trump. C’est la démonstration selon lui que les autres pays abusent de l’accès au marché américain, sans faire preuve de la même ouverture chez eux.
Il considère que les barrières ne sont pas seulement douanières, comme en Chine ou en Inde, mais aussi réglementaires. Il vise aussi la fiscalité intérieure des Etats européens, en jugeant trop élevé le niveau des TVA locales.
« Dans l’immédiat, on a l’impression que Trump se moque de savoir si ses droits de douane vont augmenter les coûts de production des entreprises ou les prix pour les consommateurs », s’étonne lundi le prix Nobel d’économie Paul Krugman, dans un post de blog.
Les entreprises américaines sont dans le brouillard, ajoute-t-il, car la politique douanière de Donald Trump est sujette aux revirements soudains: « Construisez une usine qui dépend de pièces détachées importées, et Trump pourrait vous couper l’herbe sous le pied avec de nouveaux droits de douane. Construisez une usine seulement rentable si les droits de douane restent en vigueur, et il pourrait revenir en arrière et tout remettre en question ».