Les partis décident de se priver de l’indexation de leur dotation pour les années à venir. Une manière comme une autre d’implanter un peu plus la culture d’austérité… Ou de figer les résultats du 9 juin 2024.
Ce jeudi, en séance plénière de la Chambre, seront adoptées des propositions budgétaires pour l’année 2026 sur le financement des partis politiques. Les députés valideront très certainement une dotation de 37.645.000 euros partagée par les partis politiques en fonction de leur score aux élections fédérales du 9 juin 2024. Cette somme, prévoit la proposition, ne sera pas indexée d’ici à 2029. Cela devrait représenter une économie de cinq millions d’euros pour les comptes de l’Etat à la fin de la législature, estime la N-VA, qui empoche à elle seule 11,9 millions d’euros publics depuis sa victoire. Le Vlaams Belang en bénéficie à hauteur de 10,4 millions d’euros. Le MR, 10,3. A noter que, si plus de 75% du financement des partis vient du public, tout n’est pas à charge de l’Etat fédéral et que les communautés peuvent également financer les partis.
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Sur ce constat, l’inquiétude démocratique est palpable. «La mesure impliquera des effets différenciés, assure le directeur du Crisp, Jean Faniel. Pour le Belang et les partis de la coalition Arizona, le manque à gagner est plus important. Mais le contexte leur est largement favorable puisqu’ils perçoivent nettement plus de financements aujourd’hui qu’avant les élections.» Pour les vaincus du 9 juin, devenus plus petits, la douche froide s’annonce. L’Open VLD enregistre une perte de près de deux millions d’euros annuels (6,1 à 4,22 millions d’euros de dotation), Ecolo voit ses revenus divisés par deux (le financement annuel est passé de six à 2,8 millions) et DéFI passe sous le million d’euros de financement public (alors que le parti amassait 1,17 million avant 2024). «Oui, cela va demander d’être meilleurs que les autres sur le fond et les projets, confie l’ancien président, François De Smet. Et oui, DéFI, c’est chaque jour David contre Goliath.» Comme d’autres, le parti amarante a peut-être vu venir la chute du financement par la Chambre, et a placé ses billes dans ce qui est le plus sûr et rentable : la brique. La N-VA et le Vlaams Belang ont aussi massivement investi dans l’immobilier.
Faire de l’austérité une politique totale ?
En définitive, estime Jean Faniel, ce ne sont pas ces économies qui feront mal aux grands partis. Cette mesure est dans l’air du temps, qui se veut être aux économies. «Les partis perçoivent également un plus grand financement quand ils sont représentés au Sénat. Il y a quelques mois encore, je me suis laissé dire qu’il ne serait probablement pas question de toucher à ce financement, même en cas de suppression du Sénat. Il y a finalement peut-être la volonté d’économiser sur ce point également, il faudra y rester attentif.» Autre signe du sens du vent, l’arrêt des subsides – en Fédération Wallonie-Bruxelles – des associations jugées trop proches de partis politiques (sont surtout concernés les centres d’étude de DéFI, du MR et du PS). «On peut se demander si ces partis n’utiliseront pas une partie de leur dotation publique pour financer leur centre d’étude à l’avenir», ponctue le directeur du Crisp.
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Austérité bien ordonnée commence par soi-même, se risquerait-on au sein de l’Arizona? «L’idée est d’envoyer un message de sobriété budgétaire, répond Jean Faniel. Beaucoup des partis qui votent le gel de ces dotations veulent également mettre fin à l’indexation des salaires. C’est une manière de remettre un coin dans ce sujet.»
We Need To Talk, l’initiative qui parle mais qui n’est pas écoutée
Sous la législature précédente, un panel citoyen réuni sous l’initiative «We Need To Talk» a émis 34 recommandations pour une démocratie plus transparente. «Six ou sept d’entre elles ont été examinées par la Vivaldi, mais aucune n’a été votée parce que l’ancien gouvernement préférait une réforme plus globale», regrette Ben Eersel, directeur du G1000 – un groupement citoyen qui a participé au processus.
Une légère baisse de la dotation aux partis figurait cependant dans les recommandations. Le gel de ce financement ne fait pas sauter de joie Ben Eersel pour autant. «La priorité, c’est surtout de garder un financement public pour éviter une influence trop forte de l’extérieur du monde politique sur les partis, comme on peut le voir dans d’autres pays. Mais le plus important à nos yeux, c’est la différence, beaucoup trop grande, de financement entre les partis. C’est important de récompenser les vainqueurs des élections, mais l’écart entre la N-VA, le MR et les perdants des élections est si grand que cela crée un déséquilibre démocratique.» En ce sens, le panel citoyen a suggéré d’instaurer des plafonds de dépenses sur l’immobilier, par exemple. «Mais on veut également forcer les partis à investir un minimum dans des centres d’étude et sur du contenu scientifique. On remarque que le Vlaams Belang ne le fait pas du tout, par exemple.»
Les dotations aux partis politiques gelées jusque 2029: pourquoi ce n’est pas une bonne nouvelle pour… votre salaire appeared first on Le Vif.















