Une crise au printemps, une première débâcle électorale le 9 juin, et une seconde ce dimanche 13 octobre. Dans un désordre idéologique, Défi doit renverser la table, avaler les couleuvres, et changer de ligne. En attendant, le parti amarante passe en mode mineur.
Il y a les gueules de bois, et les gueules de bois particulièrement difficiles. Celles où l’on se dit que l’on ne touchera plus jamais une goutte d’alcool, qu’on va se mettre au sport, et que les grandes soirées endiablées ne sont plus raisonnables. Le mal de crâne qui frappait les cadres de DéFI réunis ce lundi matin à l’occasion d’un bureau de parti est fait de ce bois là. Il était même si fort que certains, comme Bernard Clerfayt qui a perdu 5.310 voix de préférence en six ans, ne sont pas venus.
Ceux qui étaient là ont, eux, posé une gerbe sur l’idée de voir un jour DéFI tel qu’il est aujourd’hui reprendre du galon. «La marque DéFI ne fonctionne plus, ponctue le président des amarantes bruxellois Fabian Maingain. Il faut une refondation complète du parti, de la marque, et de comment on communique.»
DéFI s’apprête donc à changer de nom, de couleur, de visage. En ligne de mire: les élections de 2029, qui amorceront soit un nouveau départ, soit la chute définitive du parti, 65 ans après sa création.
«Changer de logiciel»
En région bruxelloise, sans compter son bastion de Woluwe-Saint-Lambert où Olivier Maingain a limité la casse, DéFI a perdu 29 de ses 69 conseillers communaux. «C’est une chute rude, admet Pierre Vercauteren, politologue à l’UCLouvain. Ceci étant, on a déjà annoncé l’inéluctable chute de nombreux partis et courants politiques en Belgique sans que cela ne se produise.» Maxime Prévot, président des Engagés, peut en témoigner. Pour le politologue, la dégringolade des amarante s’explique notamment par le fait que la nouvelle génération de mandataires DéFI n’est pas parvenue à fidéliser la base électorale constituée par ses personnalité parties à la retraite, et par un logiciel idéologique désuet. «Depuis la sixième réforme de l’Etat, il y a d’autres enjeux bien plus importants que ceux en lien avec le communautaire, qui ont disparu principalement sous le gouvernement Michel», note Pierre Vercauteren.
«Il faut changer de logiciel», appuie donc Fabian Maingain. Ce logiciel, chez DéFI, c’est la défense des intérêts des francophones en région bruxelloise. La N-VA, qui carbure aussi à la défense des intérêts d’une communauté, connaît également une débâcle dans les urnes ce 13 octobre, puisqu’elle perd la totalité de ses conseillers communaux en région bruxelloise. «Je n’ai pas entendu beaucoup de candidats DéFI aborder la question de la défense de Bruxelles et des Bruxellois», regrette celui dont le seul mandat se trouve désormais rue du Lombard, comme député bruxellois.
«Il reste de la place pour un parti qui combat autant le conservatisme que le communautarisme, assure Sophie Rohonyi, présidente du parti. La laïcité, l’attachement aux fonctions régaliennes fortes, la défense des intérêts des francophones… Ces combats resteront d’actualité même si la N-VA est absente de Bruxelles. En un mois, deux crèches ont fermé dans ma commune pour des raisons communautaires. (…) En 2029, après un mandat de l’Arizona, on aura de mauvaises surprises sur la plan communautaire.»
Il y a tout une frange de la population à qui l’on ne parle plus. Je penche pour adopter une vision plus démocrate sociale.
Car Fabian Maingain le sent, le voit, le sait: le vent n’a pas tant tourné à droite que ça. «Il y a tout une frange de la population à qui l’on ne parle plus. […] La droite ne s’étend pas à Bruxelles. C’est une ville de gauche. Dans tout ça, nous devons réincarner le vote utile. C’est une opinion personnelle, mais je penche pour adopter une vision plus démocrate sociale.» Le créneau du centre droit étant désormais incarné par Les Engagés, DéFI va devoir manœuvrer ailleurs. «On doit retrouver cette notion de vote utile, d’autant plus dans une scène politique de plus en plus polarisée, et de plus en plus populiste», parie Maingain.
Aggiornamento
«C’est un challenge pour tout parti, d’un jour ou l’autre, faire un aggiornomento pour s’ancrer dans la réalité dans laquelle il évolue, prévient Pierre Vercauteren. C’est très clairement ce qu’a fait Maxime Prévot.» Le processus a lieu en deux étapes: d’abord le programme, ensuite les personnalités.
Pour avoir une force de frappe, il faut aussi des moyens. Les dotations aux partis étant liées aux nombre d’élus de ceux-ci, le budget de DéFI va forcément réduire. «On va devoir être modestes, convient Fabian Maingain. Mais on avait déjà commencé en juin, et l’on ne s’attendait pas à ce qu’octobre remplisse les caisses.»
L’échéance, c’est désormais 2029 et les prochaines élections. Les Engagés aussi ont eu cinq ans pour relever la tête. Assez long que pour refondre totalement le parti et lui insuffler une nouvelle dynamique, assez long aussi que pour mourir dans l’anonymat. «Le travail sur le terrain des mandataires actuel sera un élément-clé», analyse Pierre Vercauteren. Quels mandataires ? Pour Sophie Rohonyi, l’actuelle bourgmestre d’Auderghem, Sophie De Vos, formée pendant un demi-mandat par l’ancien bourgmestre Didier Gosuin, est l’idéal de transition qu’aurait dû amorcer le parti amarante. «Là où l’on garde des maïorats, c’est là où l’on a su assurer une génération intermédiaire.»
Et puis, si malgré tout ça, la mue de Défi ne suffit pas à endiguer la chute du parti et que 2029 marque l’entrée en phase terminale ? Sophie Rohonyi ne semble pas le concevoir. «Ce lundi matin, en bureau de parti, nous étions tous d’accord pour dire que ce n’est pas parce que nous sommes en difficulté que nous sommes morts.» C’est pourtant parfois un peu l’impression qu’on a, quand la gueule de bois frappe fort.




