La météo figure parmi les nombreux facteurs susceptibles de déclencher des crises de migraine chez certains. Et le changement climatique ne va pas arranger les choses pour les personnes concernées.
Vous connaissez des épisodes de maux de tête intenses localisés, accompagnés de nausées, avec une sensibilité accrue à la lumière, aux bruits ou aux odeurs? Il est possible que vous souffriez de migraines. Cette maladie neurologique chronique, dont les causes exactes sont encore inconnues mais qui pourrait résulter de la «libération de substances inflammatoires entraînant une douleur autour des nerfs et des vaisseaux sanguins de la tête» selon l’Organisation mondiale de la santé, concernerait quelque 1,5 million de personnes en Belgique, à en croire l’Inami.
La météo, déclencheur de migraines
S’ils sont propres à chaque personne, plusieurs facteurs pouvant déclencher des crises migraineuses ont été identifiés: le stress, un sommeil perturbé, l’alimentation, la lumière ou encore certaines odeurs. Chez les femmes, trois fois plus touchées que les hommes, les fluctuations hormonales, en particulier autour de leurs règles, augmentent également le risque de migraine. «Les conditions atmosphériques et météorologiques peuvent être des facteurs déclencheurs de migraines chez certains patients migraineux, ajoute le neurologue Matthieu Rutgers. Parmi les facteurs météorologiques, on trouve notamment les températures élevées, une forte humidité et les modifications barométriques assez soudaines, comme celles que l’on observe lors des temps orageux, qui peuvent déclencher des crises de migraine.»
Le docteur Gianni Franco, membre de la Belgian Headache Society, développe: «Le déclenchement de la migraine peut emprunter plusieurs voies. Il existe notamment une voie sensorielle: les variations de pression barométrique sont perçues au niveau de l’oreille interne. Elles envoient alors un signal au cerveau indiquant une modification brutale de la pression, ce qui peut déclencher le système migraineux.»
Des phénomènes météo intenses plus nombreux et plus extrêmes
Selon une étude publiée en septembre dernier dans la revue Headache et relayé par National Geographic, ces crises sont de plus en plus intenses et fréquentes, en raison du changement climatique. Pour en arriver à cette conclusion, des chercheurs ont suivi durant 12 ans près de 408.000 personnes au Royaume-Uni qui déclaraient ne pas souffrir de migraines: les résultats ont démontré un lien entre migraines, de fortes températures (hautes ou basses) et l’exposition à de forts taux de dioxyde d’azote, un polluant atmosphérique produit principalement par la combustion de carburants. Et le changement climatique, qui provoque des phénomènes météorologiques toujours plus extrêmes et nombreux, ne va pas arranger les choses.
«Certains facteurs liés au climat, comme les variations de température, les orages ou le vent violent, sont souvent cités comme déclencheurs de migraines par les patients. Avec un climat plus imprévisible ou plus extrême, il est possible que certaines personnes soient un peu plus susceptibles de déclencher une crise, mais surtout celles qui y sont déjà prédisposées», concède le professeur Jan Versijpt, à la tête du service de neurologie de l’UZ Brussel. Pour lui, d’autres études, à plus grande échelle et sur des personnes vivant dans des zones soumises à des conditions météorologiques différentes, sont nécessaires avant de valider ce lien entre le changement climatique et les migraines: «Il n’y a pas de consensus scientifique affirmant que la prévalence globale des migraines augmente à cause des conditions climatiques. Nous sommes encore dans une phase où l’on cherche à mieux comprendre la migraine, qui ne se résume pas à un simple mal de tête.»
«Variations atmosphériques brutales»
Un point de vue partagé par son homologue Matthieu Rutgers, qui a même déjà vu, dans de rares cas, des patients être confrontés plus souvent à des migraines quand il faisait très froid: «Les crises de migraine se déclenchent souvent lorsqu’il y a plusieurs facteurs concomitants, il est donc difficile d’isoler systématiquement les facteurs météorologiques. Il faut aussi rappeler que les facteurs internes jouent un rôle prépondérant dans la survenue des migraines: un état de déshydratation, même relatif, ou un manque de sommeil, par exemple. L’état de déshydratation est plus fréquent lors des périodes de forte chaleur, car on transpire davantage, on fait moins attention à l’hydratation, on consommera parfois un peu plus d’alcool car c’est l’été et on est en vacances… Ces facteurs viennent s’ajouter à l’exposition à la chaleur et peuvent contribuer au déclenchement des crises.»
En Belgique, la méfiance reste particulièrement de mise, à en croire le neurologue Gianni Franco. «Dans les pays tempérés comme la Belgique, on observe de plus en plus de variations atmosphériques brutales. Ce ne sont pas nécessairement des variations extrêmes en intensité, mais plutôt des changements rapides de pression barométrique, de température, des bourrasques de pluie froide suivies soudainement d’un changement environnemental marqué. Or, ce sont précisément ces variations brutales qui constituent des facteurs déclenchants de migraines», expose-t-il. Face à ces changements soudains, «le cerveau n’a alors pas le temps de s’adapter» et peut réagir de manière excessive ou inappropriée: «Ces réponses se traduisent par des contractions et des dilatations des artères, ainsi que par une hypersécrétion de sérotonine, principal neurotransmetteur impliqué dans la migraine, ce qui déclenche ensuite les crises migraineuses.»
Médicaments et identification des facteurs
Les trois spécialistes n’ont toutefois pas observé ces dernières années une explosion du nombre de cas de personnes consultant pour des migraines liées à la météo. Leur premier conseil aux personnes craignant d’être atteintes de cette maladie est de consulter leur médecin généraliste, qui pourra ensuite les diriger vers un spécialiste. Malheureusement, aucun traitement n’existe à l’heure actuelle pour faire disparaître les migraines définitivement.
«Dans la majorité des cas, il s’agit de vivre avec la maladie et de recourir à un traitement symptomatique: éviter les déclencheurs quand c’est possible, et prendre des antidouleurs lors des crises», expose Jan Versijpt. «Ces médicaments peuvent être classiques ou spécifiques à la migraine. Dans les cas plus sévères ou fréquents, un traitement de fond peut être nécessaire, ce qui consiste à prendre un médicament quotidiennement pour prévenir les crises.»
Il est aussi recommandé aux patients d’apprendre à s’autoanalyser, pour comprendre comment leurs migraines peuvent se déclencher, en identifiant les facteurs en amont. «S’ils savent que les facteurs météorologiques peuvent en être la cause, peut-être alors qu’ils pourraient regarder plus souvent leur application météo, pour anticiper certaines variations atmosphériques brutales, et pensez aussi aux bénéfices de certaines interventions non médicamenteuses telles que la sophrologie dans le but d’une éducation à l’autogestion du stress», suggère Gianni Franco.
















