Le marché pétrolier reste pour l’instant de marbre, ou presque, malgré les ambitions affichées de Donald Trump sur l’or noir vénézuélien. Mais dans un contexte diplomatique toujours incertain, la prudence reste de mise concernant l’évolution des prix à la pompe.
L’onde de choc diplomatique après l’attaque américaine au Venezuela est toujours très vive. Les marchés financiers, eux, guettent fébrilement les répliques que pourrait avoir cette nouvelle démonstration de l’interventionnisme de Donald Trump sur la scène mondiale. L’incertitude plane surtout sur les marchés pétroliers, alors que le locataire de la Maison-Blanche a déjà annoncé qu’il avait bien l’intention de faire main basse sur la production pétrolière du pays sud-américain.
«Je suis ravi d’annoncer que les autorités par intérim du Venezuela vont remettre aux Etats-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole sous sanction et de haute qualité, a fait savoir Donald Trump dès mercredi; ce pétrole sera vendu au prix du marché et l’argent sera contrôlé par moi, président des Etats-Unis, pour garantir qu’il soit utilisé au profit des peuples du Venezuela et des Etats-Unis.» Selon les chiffres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le Venezuela a produit 921.000 barils de pétrole par jour en 2024, soit à peine 1% de la production mondiale.
Un pétrole vénézuélien de mauvaise qualité
Mais ses réserves d’or noir seraient de 303 milliards de barils, soit 17% des réserves mondiales, ce qui est plus que l’Arabie saoudite (267 milliards) ou que l’Iran (208 milliards), autre pays dans le viseur de Trump: de quoi comprendre pourquoi plusieurs observateurs accusent le milliardaire d’avoir orchestré une opération plus économique que diplomatique en enlevant Nicolas Maduro.
Alors que le poids du Venezuela dans la production pétrolière mondiale a décliné sous le régime du dictateur bolivarien, avec des exportations largement revues à la baisse, voir les Etats-Unis en prendre le contrôle ne fait, pour l’instant, pas frémir le marché. Le prix du baril a peu fluctué (61,76 dollars le 5 janvier, aux alentours de 62 dollars à l’ouverture, le 9 janvier) car l’attaque américaine n’a pour l’instant aucun impact sur la production mondiale de pétrole. Même si Donald Trump veut s’octroyer une partie des réserves du pétrole vénézuélien, sa mauvaise qualité décrite par les experts (trop lourd, taux de viscosité important) demandera un plus grand travail de raffinage, ce qui nécessitera plus de temps et d’investissements avant de pouvoir le mettre sur le marché.
Des prix appelés à baisser?
«Les infrastructures pétrolières du Venezuela sont vétustes, presque détruites. Il va falloir des milliards, voire des dizaines de milliards de dollars, pour remettre l’extraction et le raffinage sur pied. C’est impossible à court terme», expose aussi l’économiste Bertrand Candelon, professeur de finances internationales à l’UCLouvain. Conscient de ces limites, Donald Trump a d’ailleurs prévu une réunion avec les principales entreprises pétrolières américaines ce vendredi, afin de les convaincre d’investir au Venezuela.
«La situation du marché pétrolier est aujourd’hui beaucoup plus confortable que l’année passée»
Charlotte de Montpellier, économiste chez ING
Mais en l’état actuel, «le marché pétrolier reste déséquilibré, avec une offre plus importante que la demande, ajoute Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. Pour 2026, on anticipe un prix moyen du baril autour de 57 dollars, ce qui est plus faible que ce que l’on a connu en 2025. Pour rappel, début 2025, le baril atteignait encore environ 80 dollars. La baisse est donc réelle, et la situation du marché pétrolier est aujourd’hui beaucoup plus confortable que l’année passée. Cela se répercute clairement sur les prix à la pompe, qui sont plus faibles qu’en 2024 et début 2025, et cela devrait rester la réalité en 2026.»
Selon le Washington Post, Donald Trump espère à terme pouvoir faire chuter le prix du baril à 50 dollars en contrôlant le pétrole vénézuélien et en le réinjectant en masse sur le marché mondial. Ce qui ne serait pas non plus une mauvaise nouvelle pour votre portefeuille, puisque l’offre continuerait d’augmenter: «Cela signifierait qu’il y aurait plus de pétrole disponible sur le marché mondial, ce qui tendrait à faire baisser les prix pour tout le monde, y compris les consommateurs belges», ajoute Charlotte de Montpellier, précisant néanmoins que «le prix à la pompe dépend aussi de la fiscalité» des Etats et qu’une éventuelle baisse du prix du baril ne se répercuterait pas obligatoirement à la pompe.
Une conjoncture incertaine
Mais la situation diplomatique, avec un Donald Trump imprévisible et menaçant, rend toute projection délicate. «On se trouve dans une conjoncture complètement incertaine, qui peut aussi bien faire monter que descendre le prix du baril», concède Emmanuel Cécile, conseiller énergie et environnement au sein de la Fédération belge des négociants en produits pétroliers (Brafco), évoquant la saisie de deux pétroliers par les Etats-Unis cette semaine, ce qui a eu pour conséquence de faire légèrement grimper le prix du pétrole. La situation en Iran, qui compte parmi les pays exportateurs de pétrole les plus importants au monde (3,6 millions de barils par jour en 2024) et où la contestation gronde à nouveau sous l’œil attentif des Etats-Unis, est une donnée supplémentaire à prendre en compte.
«Différents scénarios sont possibles: si les protestations ou une révolution entraînent un arrêt de la production, cela pourrait réduire le confort du marché et pousser les prix à la hausse. A l’inverse, si un nouveau régime plus favorable aux Etats-Unis se met en place et que certaines restrictions à l’exportation sont levées, l’Iran pourrait exporter davantage, ce qui ferait baisser les prix», analyse Charlotte de Montpellier. La situation dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial, est ainsi à surveiller: sa fermeture de la part de l’Iran aurait une incidence directe sur les prix. «Une guerre, une escalade majeure entre les Etats-Unis, la Russie et l’Iran, ou des tensions importantes au Moyen-Orient: tout choc géopolitique d’importance pourrait se répercuter sur le marché des matières premières et entraîner une augmentation du prix du pétrole», résume Bertrand Candelon, précisant que «pour l’instant, les marchés restent relativement calmes et attentistes, il n’y a pas de problème d’approvisionnement».
La Belgique reste dans tous les cas à l’abri d’une explosion brutale des prix à la pompe en raison du contrat-programme qui régule le prix des carburants ou du mazout de chauffage. «Ce mécanisme permet d’éviter un effet yoyo sur les prix, certains seuils doivent être dépassés pendant plusieurs jours avant qu’un ajustement ne soit appliqué, rappelle Jean-Benoît Schrans, porte-parole d’Energia, l’organisation belge des entreprises énergétiques. Le système belge vise à lisser ces fluctuations et à atténuer les variations de prix en les étalant sur plusieurs jours: si le prix du baril de pétrole baisse fortement, on ne verra pas nécessairement une baisse immédiate à la pompe le lendemain en Belgique.»
















