Les bijoux en or deviennent un luxe plus coûteux. La hausse du métal précieux se répercute sur les prix pour le consommateur, des grandes enseignes accessibles aux maisons de luxe.
Bagues, bracelets, colliers… Les bijoux restent une valeur sûre quand il s’agit de faire un cadeau. Mais à moins de deux mois de Noël, un tel présent risque de coûter fort cher. La faute à la hausse historique du prix du métal doré enregistrée ces derniers mois: l’once d’or (environ 31,10 grammes) flirte avec la barre des 4.000 dollars (malgré une baisse importante il y a peu), soit 30% de plus qu’en début l’année.
Hausse des prix chez Histoire d’Or
«Est-ce qu’un particulier paye plus cher un bijou en or maintenant qu’il y a quelques mois? Bien sûr que oui. Les bijoutiers ont plus que répercuté la hausse des prix de l’or ou même de l’argent. Cela se vérifie aussi par le prix proposé aux personnes qui souhaitent revendre leurs bijoux, surtout en or», tranche Alain Corbani, responsable matières premières chez Montbleu Finance et gérant du fonds Global Gold and Precious. Concernant les bijoux en argent, les professionnels du secteur de la joaillerie contactés assurent que la hausse du cours de l’argent s’était fait bien moins ressentir que celle de l’or cette année.
«Chaque milligramme d’or utilisé influence le prix»
Céline Rose David, gemmologue
Le prix d’un bijou en or dépend avant tout de la quantité réelle du métal précieux qu’il contient, déterminée par son poids et son caratage, 24 carats étant l’or le plus pur et 9 carats correspondant à environ 37,5% d’or, auquel on ajoute des alliages (cuivre, argent…) pour le durcir ou changer sa couleur. À ce prix il faut ensuite ajouter la main-d’œuvre et la marge commerciale, seules variables ajustables pour les bijoutiers. «Le prix des bijoux est adapté en fonction de celui du métal. Quand il y a un petit sursaut, on peut réduire sa marge en tant que vendeur. Mais en cas d’augmentation significative comme ici, cela est reporté sur le prix final», explique Céline Rose David, gemmologue et directrice des expertises de la société de vente de bijoux Les Héritières.
Elle précise que même les bijoux en plaqué or, logiquement plus abordables car ne disposant que d’une couche d’or plus ou moins fine, sont aussi concernés: «Chaque milligramme d’or utilisé influence le prix, même pour des bijoux dits fantaisie». Cette hausse n’épargne ainsi pas les marques dites «grand public», à l’image d’Histoire d’Or, dont le business model est résumé ainsi par BFMTV: «Importer en gros, négocier serré et amortir les hausses sur la masse». Plusieurs magasins de la marque ont confirmé une hausse des prix des bijoux en or, tout en assurant que «cela ne bougera plus avant plusieurs mois».
Du côté de Pandora, autre marque «accessible», les prix n’ont pas bougé et auraient même «baissé» dans les magasins. Cela pourrait s’expliquer par le fait que la marque fabrique des bijoux uniquement avec de l’or et de l’argent recyclés, comme annoncé il y a quelques années.
Le luxe également touché
Or tous les joailliers contactés l’ont confirmé: il a fallu se consentir à augmenter les prix ces derniers mois. «Nos fournisseurs ont augmenté leurs tarifs, donc nous aussi. Certains clients sont un peu étonnés des prix actuels, mais, en général, ils savent à quoi s’attendre», explique-t-on chez Cosyns. Chez Chris Alexxa à Liège, «les prix ont augmenté de 30% en moyenne sur les bijoux en or, nous n’avons pas eu le choix. Nous avons été clairement impactés par le prix de la matière première. Mais cela ne bougera plus d’ici Noël: nous ne pouvons pas faire le yoyo tout le temps, ce n’est pas très sain pour les clients.» Pour les revendeurs de bijoux de second main, la situation reste la même: «Il leur a fallu recalculer les prix des bijoux, en intégrant le prix en hausse de l’or. Si le coût de la main-d’œuvre a été amorti avec les années, il y a toujours celui de la matière première, mais aussi de la signature ou du style», analyse Laure Dorchy, experte indépendante spécialisée en histoire du bijou et de l’orfèvrerie.
Le secteur du luxe n’a pas non plus été épargné par cette hausse du prix de l’or. «Il faut trouver un juste milieu, essayer d’être moins gourmand au niveau de la marge, sinon les prix des bijoux explosent trop», confirme Arnaud Wittman, joaillier créateur à la tête de la maison De Greef, qui concède une certaine «prudence» au moment de réfléchir au lancement de nouvelles collections. Un sentiment partagé par Thierry Spitaels, CEO des bijoux Bigli: «Les prix ont augmenté, évidemment. Maintenant, les créateurs vont chercher à produire des bijoux avec moins d’or et donc moins lourds, afin de « contrôler » le prix pour que cela reste acceptable pour le consommateur».
Comment faire alors pour éviter de se ruiner en achetant un bijou en or? Céline Rose David suggère de passer par les ventes aux enchères: «C’est une bonne solution, car si on paye le prix de la matière première, il n’y a plus le coût de fabrication. Mais il faut accepter de porter des bijoux de seconde main». Car il ne faut pas espérer que le temps joue en votre faveur: même s’il reste impossible d’anticiper l’évolution de son cours avec certitude, «tous les ingrédients sont là pour que l’or poursuive sa progression» dans les mois à venir, assure Alain Corbani. Avec des tarifs qui pourraient encore grimper pour les bijoux constitués du métal précieux.




