A la Chambre, Bart De Wever a évité de vraiment répondre aux questions sur le cumul par ses ministres d’indemnités de logement avec un logement de fonction.
Trente-sept secondes. Sur quatre heures de débats parfois serrés en commission de la Chambre, après un exposé d’orientation politique, un débat d’actualité sur l’Ukraine, et une dizaines de questions parlementaires, le Premier ministre Bart De Wever s’est montré remarquablement fuyant sur le sujet du cumul de la plupart des ministres de son gouvernement, dont lui, d’une indemnité de logement défiscalisée avec un logement de fonction.
Juste avant 18 heures et le début d’un kern, au 16 rue de la Loi, sur le budget de la Défense, le Premier ministre était interrogé par deux députés de l’opposition fédérale, Sofie Merckx (PTB) et François De Smet (DéFI) à ce sujet. De la circulaire de la chancellerie sur les rétributions des ministres, publiée ce 31 mars par Le Vif, et des informations précédemment révélées par les cabinets concernés, il apparaît notamment que dix ministres fédéraux cumulent une indemnité défiscalisée de 1.923 euros pour frais de logement et de domesticité, qu’il ne faut pas justifier, avec un logement de fonction, généralement situé dans le bâtiment de leur cabinet, mais pas seulement. Le vice-Premier ministre David Clarinval (MR), lui, dispose même d’un appartement de fonction loué dans le privé par la Régie des Bâtiments.
Le cabinet de Bart De Wever a beaucoup rechigné à communiquer sur ce point. Les circulaires ne doivent pas être publiées au Moniteur, et c’est Sofie Merckx elle-même qui a déniché celle qui détermine les émoluments ministériels.
Opacité de De Wever sur les indemnités de logement
«L’opacité manifestée à cet égard par votre cabinet est en contradiction avec la volonté affichée de votre gouvernement de réaliser des économies dans tous les domaines, en ce compris au niveau du pouvoir législatif mais aussi exécutif», a remarqué François De Smet. «La petite économie de 8% que s’était imposée le gouvernement De Croo a été rattrapée. Mais qu’en est-il de ce double avantage d’un logement de fonction avec une indemnité de fonction?», a ajouté Sofie Merckx.
Et sans doute les deux se disaient-ils que le Premier ministre ne pourrait que confirmer les informations déjà publiées, mais il semble que Bart De Wever n’en ait pas plus eu l’envie que ses porte-parole, qui depuis des semaines opposaient aux demandes répétées du Vif un silence opiniâtre.
D’où ces 37 pauvres secondes d’une réponse de louvoyeur en gilet gris, pressé d’en finir pour aller trouver des milliards pour l’armée de son pays.
«A propos des économies sur le gouvernement, la réduction de salaire de 8% est maintenue pour ce gouvernement. Aussi on a réduit le coût des cabinets de 30%. Je pense que ce sont des économies assez claires. Pour le reste nous sommes remboursés de la même manière et selon le même régime que sous le gouvernement précédent. Pour ce qui est des résidences de fonction, je vous renvoie à la ministre compétente pour la gestion immobilière de l’Etat qui est madame Matz», a-t-il débité, alors que cinq minutes lui étaient dévolues pour développer ses arguments, mais aussi pour présenter les faits.
«Vous avez l’information!»
«C’est un peu court», a dit François De Smet, qui comme le président de la Commission a été surpris par la brieveté et l’indigence des explications de Bart De Wever. «Ce n’est pas tant une question de finances que de transparence. Vous nous renvoyez vers madame Matz, on peut poser des questions écrites ou orales à tous les ministres, et on va le faire, pour demander précisément qui a une indemnité de logement et qui a aussi un appartement de fonction. Ce n’est pas choquant qu’on ait l’un ou l’autre, ce qui est choquant c’est qu’on ait l’un et l’autre. Mais c’est vous qui dirigez ce gouvernement, donc vous avez l’information! Le seul effort que vous faites réellement, il est collectif, c’est la suppression des secrétaires d’Etat, mais ce ne sont pas des efforts faits individuellement par chaque ministre. Sans réponse à ces questions même au Parlement, on va donc devoir multiplier les questions à chaque ministre. Je trouve que sur le principe ça ne va pas!», s’est-il un peu énervé, une fois la surprise retombée.
Sofie Merckx a ensuite pris la parole, et elle avait eu le temps de se remettre de cette surprise. Elle a ironisé. «Allez, c’est bizarre. Vous êtes responsable de la mise en oeuvre de l’accord de gouvernement et de ce que fait la chancellerie, mais vous refusez de donner ces informations sur les cabinets, et sur vos indemnités. Où est le problème? Je vois que vous êtes embarrassé par cette question. Donc on va évidemment la poser à madame Matz, et s’il le faut à tous les ministres, jusqu’à ce que la transparence soit complète sur ce dossier», a-t-elle promis.