vendredi, janvier 2

Les sauts d’index partiels décidés par l’Arizona pourraient, selon la Banque nationale, permettre aux syndicats de négocier des hausses de salaires en 2027 et 2028. La FEB n’en veut pas…

Les salaires réels vont-ils vraiment augmenter ou pas dans les prochaines années ? Alors que l’inflation est faible, et que deux sauts d’index partiels sont programmés par l’Arizona ? Et alors que le gouvernement De Wever veut pratiquer une politique de limitation des salaires, favorable à la compétitivité des entreprises belges?

Pour le savoir, il est fort intéressant de se plonger dans les dernières Projections économiques de la Banque Nationale, et sur leurs potentielles conséquences. Elles sont toujours scrutées avec une vitale attention par les acteurs politiques et les interlocuteurs sociaux. A fortiori juste après les mesures aussi basculantes que celles contenues dans l’accord budgétaire de l’Arizona. Le 19 décembre, le gouverneur de la BNB, Pierre Wunsch, accompagnait la présentation de ces 21 pages de projections fort attendues d’interviews bien placées. Mais ce sont alors surtout les conséquences sur les finances publiques des prochains budgets pluriannuels qui ont été discutées.

Un petit paragraphe de la page 14 a, lui, attiré l’attention des organisations syndicales et patronales. Parce que c’est une petite grenade politique, économique et sociale, dégoupillée en vue de l’accord interprofessionnel 2027-2028, qui doit se négocier à la fin de cette année. Le « handicap salarial », comme certains économistes qualifient le fait que les salaires soient souvent meilleurs chez nous qu’ailleurs, est en passe de se résorber, notamment sous l’effet des politiques économiques de l’Arizona. « La croissance du salaire horaire est attendue plus faible que dans les pays voisins, ces prochaines années. En conséquence, le handicap salarial pourrait disparaître d’ici à la fin de 2026, pour la première fois depuis la grande hausse de l’inflation. Aussi, nous anticipons une marge de 0,4% pour la croissance des salaires réels pour la période 2027-2028. Comme c’est généralement le cas, la plus grosse partie de cette croissance des salaires réels est supposée se produire dans la deuxième année de l’accord », lit-on dans les Projections de la BNB.

C’est logique. Alors que l’inflation devrait ralentir et que les indexations automatiques seront limitées, les coûts salariaux ne seront plus, mécaniquement, plus élevés que ceux des pays voisins (Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg, France), selon la méthode de calcul (contestée par les syndicats) qui préside à la fameuse loi de 1996, revue en 2017, sur la compétitivité. Les rémunérations des travailleurs du secteur privé seront donc, selon les prévisions de la Banque Nationale, redevenues équivalentes à celles des voisins d’ici fin 2026, et moins bonnes de 0,4% d’ici trois ans. Ce qui pourrait donc donner aux interlocuteurs sociaux des augmentations de 0,4% à négocier, puis à offrir à tous les salariés du pays, qui sont tous concernés par les AIP.

Cela peut sembler peu, 0,4%, mais c’est déjà beaucoup plus que la norme salariale qui s’était appliquée pour les précédents AIP, et qui était, royalement, de 0,0%. Légalement, c’est le Conseil central de l’économie (CCE) qui fixe cette norme. Il le fera à l’automne prochain mais la BNB n’a pas l’habitude de publier des calculs farfelus. Même si les interlocuteurs sociaux consultés sont étonnés du pronostic en lui-même. «C’est un constat à un instant T, et la BNB pose nombreuses précautions. On ne sait pas où en sera l’économie mondiale d’ici un an, avec ces nouvelles politiques commerciales, avec la guerre en Ukraine, et les incertitudes sur le prix de l’énergie. Et c’est un peu bizarre d’anticiper comme ça que des pays qui n’ont pas d’indexation automatique des salaires vont nous dépasser rien qu’en augmentant les rémunérations avec des négociations collectives. Mais bon…», soupire ainsi Pieter Timmermans, le CEO de la FEB.    

Saut d’index à neutraliser

C’est peu, 0,4%, pour les organisations syndicales, qui se gardent bien de commenter des chiffres qui n’ont encore rien de contraignant. Et qui craignent que l’Arizona n’aménage, comme la Suédoise l’avait fait sous Charles Michel en 2016 et 2017 après le saut d’index de 2015, des dispositions qui empêchent cette hausse des salaires impliquée par leur baisse par rapport aux économies frontalières. Mais, 0,4%, c’est déjà mieux que le rien des AIP précédents.

Et puis c’est beaucoup, 0,4%, pour les organisations patronales, et c’est pourquoi Pieter Timmermans préfère ne pas trop croire au prono de la Banque nationale. Parce que cette hausse négociable viendrait annuler, en quelque sorte, la pondération imposée par les deux sauts d’index partiels. «La réduction des charges serait alors transformée en hausse de salaires. Si on ne neutralise pas le saut d’index dans la fixation de la norme salariale, c’est un désavantage pour les entreprises», déplore-t-il.

En outre, cette pondération elle-même ne serait pas si favorable au patronat que le clament les syndicats, selon le patron des patrons. Lui comme eux attendent toujours des textes précis du gouvernement. « L’idée de base des deux sauts d’index partiels ne me parait pas mauvaise, mais vu ce qu’on sait de sa mise en œuvre, cela ne va pas servir à grand-chose pour limiter les coûts salariaux. Le gouvernement prévoit ainsi une cotisation de modération pour toutes les entreprises, y compris celles qui ne seront pas aidées par les deux sauts d’index partiels parce que les salaires y sont inférieurs à 4.000 euros brut», estime Pieter Timmermans, qui, dès la semaine prochaine va «relancer tous les contacts avec les cabinets pour y voir plus clair, et surtout pour leur faire prendre conscience de cela».

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