La ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq (MR), est une ancienne syndicaliste agricole, en lutte contre les traités de libre-échange. Contrairement à tous les autres syndicalistes, personne ne lui demande de condamner les débordements lorsque des manifestations se déroulent.
La semaine dernière, des milliers de travailleurs d’un des secteurs les plus subsidiés de notre économie manifestaient contre le libre-échange. Des autoroutes ont été bloquées par les manifestants, occasionnant de nombreux problèmes de circulation. Certains actes de vandalisme ont été observés. Ici ou là, il y eut des embrouilles avec les forces de l’ordre. Cela a coûté de l’argent, car il a fallu nettoyer les rues et réparer quelques dégâts. Des enfants de syndicalistes, certains en très bas âge, ont été mobilisés par leurs parents pour manifester, et surtout pour être photographiés et filmés. Des mannequins représentant des responsables politiques ont été pendus à des ponts, tout cela était très joyeux, il paraît même qu’il y avait des manifestants qui n’avaient pas bu que de l’eau.
Bref, c’était une manif contre le libre-échange comme les autres.
A cette exception près que lundi matin, la ministre wallonne de tutelle, Anne-Catherine Dalcq était invitée à la radio. Elle connaît bien le secteur et les syndicalistes qui manifestent, la ministre wallonne de tutelle. Elle était syndicaliste jusqu’à quelques semaines avant d’être ministre. Jusqu’aux dernières élections, elle menait d’ailleurs des manifestations contre le libre-échange, et c’est en réalité en tant que syndicaliste qu’elle a obtenu une place éligible sur une liste. Celle d’un parti qui accuse certains syndicalistes de toujours mélanger syndicalisme et politique à des fins corporatistes, et qui accuse certains partis politiques de souvent mélanger politique et syndicalisme à des fins électorales. La liste d’un parti, aussi, qui exerce au fédéral la tutelle sur ce secteur depuis presque 30 ans sans discontinuer, le MR.
Et ce parti qui exerce au fédéral la tutelle sur ce secteur depuis presque 30 ans, défend depuis encore plus de 30 ans tous les accords de libre-échange contre tous les protectionnismes réunis, de gauche, de droite et du milieu. En Wallonie, où les syndicats de ce secteur sont directement financés par des subventions facultatives distribuées par des ministres, la douzaine de milliers d’opérateurs économiques subsidiés de ce secteur se partageront près de deux milliards d’euros d’argent du contribuable entre 2023 et 2027. Et à la radio, lundi, la ministre de tutelle, Anne-Catherine Dalcq, a expliqué qu’elle allait se battre pour avoir plus de subsides à distribuer à son secteur, alors que son gouvernement se bat pour donner moins de subsides à tous les autres secteurs.
Et personne ne lui a demandé si elle condamnait le vandalisme et la violence, si elle cautionnait l’usage de l’image d’enfants à des fins de propagande, si elle ne minimisait pas la politisation du mouvement syndical, si son secteur ne devait pas participer à l’effort collectif alors que tout le monde fait des sacrifices, si, en tant que syndicaliste, elle n’était pas juge et partie, ou si Anne-Catherine Dalcq avait une pensée pour les automobilistes pris dans l’enfer des bouchons à cause de la manifestation contre le libre-échange.
Bref, c’était une interview de syndicaliste agricole contre le libre-échange devenue ministre de l’Agriculture comme les autres.
















