L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro a ravivé les ambitions expansionnistes de Donald Trump. Le président américain menace de faire passer sous sa coupe d’autres régions du globe, dont le Groenland, la Colombie et Cuba. Un appétit insatiable, mu à la fois par des intérêts géostratégiques, économiques et idéologiques.
Mais où s’arrêtera Donald Trump? Après l’opération «Absolute Resolve» menée au Venezuela ce week-end, débouchant sur l’enlèvement rocambolesque du président Nicolas Maduro, le locataire de la Maison Blanche veut frapper encore plus fort. Et plus loin. Dimanche soir, lors d’une conférence de presse à bord de son Air Force One, le président américain a menacé d’étendre sa démonstration de force à d’autres régions du globe. Dans le viseur de l’administration Trump, trois territoires distincts, aux intérêts «capitaux» pour les Américains: le Groenland, la Colombie et Cuba. Mais d’autres pays pourraient également être concernés.
1. Le Groenland
La convoitise américaine pour la plus grande île du monde (70 fois plus vaste que la Belgique) ne date pas d’hier. Le territoire autonome, rattaché à la couronne danoise, était déjà dans le viseur du secrétaire d’Etat William Seward à la fin du 19e siècle. «Si on s’en tient aux mandats de Trump, la première déclaration en ce sens remonte à août 2019, retrace Cécile Pelaudeix, chercheure en sciences politiques et membre associée du Pacte-Sciences Po Grenoble. Sa proposition avait été vertement rejetée par la Première ministre danoise, et Trump avait annulé dans la foulée sa visite officielle au Danemark.»
Depuis 2025, les menaces s’intensifient, et ont même été soutenues, fin mars, par une visite controversée du vice-président JD Vance sur le territoire arctique. La pression est encore montée d’un cran le 22 décembre, lorsque le Républicain Jeff Landry a été nommé envoyé spécial américain au Groenland. «C’était déjà un signal fort de la détermination de Trump à annexer l’île, insiste Cécile Pelaudeix. Mais c’est seulement depuis l’intervention au Venezuela que le monde semble prendre la mesure de la menace. Or, cela fait plus d’un an qu’elle est réelle. L’Union européenne a perdu un an de réflexions sur la manière de répondre intelligemment et stratégiquement à cette pression américaine. Ce n’est pas maintenant qu’il faut se réveiller.»
Officiellement, Donald Trump justifie son appétence pour le Groenland par des arguments sécuritaires et stratégiques, assurant que ses côtes sont «submergées» de navires russes et chinois. «Le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper», estime le milliardaire, qui veut assurer lui-même la sécurité nationale américaine. Si la Russie exerce bel et bien une influence dans les eaux groenlandaises, et que la Chine est également présente en Arctique, les craintes trumpistes sont toutefois à relativiser, tranche Cécile Pelaudeix. «Les menaces russes et chinoises ne sont pas immédiates et aussi importantes que pour justifier une annexion du Groenland par les Etats-Unis», analyse l’experte, pour qui la question sécuritaire agit surtout comme un «écran de fumée» pour dissimuler les intérêts économiques de Trump. A savoir l’exploitation des minerais et surtout des terres rares, dont l’île arctique regorgerait à hauteur de plus de 36 millions de tonnes.
Alors que la Chine détient le quasi-monopole mondial de l’extraction et du raffinage de ces métaux cruciaux pour la technologie moderne, les Etats-Unis veulent renverser la vapeur et s’imposer comme un concurrent solide. «Trump est obnubilé par la conquête de terres rares, qui constituent selon lui l’avenir économique des Etats-Unis et la garantie d’une position de leader dans les domaines industriels, technologiques (IA) et militaires, analyse Sebastian Santander, professeur de sciences politiques à l’ULiège et directeur du Centre de Relations Intenationales CEFIR. Il ne faut pas oublier que c’est un homme d’affaires avant d’être un politicien. Il se construit ainsi une image de prédateur des matières premières. Et s’il ne peut obtenir ce qu’il désire par la négociation, il passe par la force et la violence, comme au Venezuela. Et ce, en dépit du droit international qu’il considère comme un obstacle à la souveraineté américaine. Et avec le risque de basculer dans une ère de désordre et d’anarchie internationale importante.»
Au-delà du droit, ce sont également les traités internationaux qui sont menacés par le discours expansionniste de Trump. Car annexer le Groenland (et donc, un partie du Danemark) «mettrait clairement en cause la solidité du lien transatlantique et le futur de l’Otan», rappelle Cécile Pelaudeix, qui appelle l’UE à «avoir le courage» de repenser sa relation avec les Etats-Unis.
2. La Colombie
Fidèle à son franc-parler caractéristique, Trump a également conseillé au président colombien de «faire gaffe à ses fesses». Contrairement au Groenland, la menace à l’égard du quatrième plus grand pays d’Amérique latine est plus récente et tient davantage à une logique de suprématie continentale qu’à de réels intérêts économiques. «L’administration Trump veut créer des zones géopolitiques d’influence et reprendre pied sur un continent qui, ces dernières années, s’est ouvert à d’autres acteurs étrangers, notamment la Chine et la Russie», analyse Sebastian Santander.
Face à une Amérique latine politiquement morcelée (avec des leaders de gauche radicale comme de droite), les Etats-Unis rêvent d’une «trumpisation» du continent, et tentent de faire basculer la majorité des régimes sur une idéologie alignée à celle du président américain. Une stratégie amorcée ces derniers mois par des jeux d’influence lors d’élections nationales (soutien à Javier Millei en Argentine, au candidat ouvertement pinochetiste José Antonio Kast au Chili,etc.) et confirmée par la force au Venezuela, principal allié commercial et militaire de la Russie.
En menaçant la Colombie, sous prétexte de lutte contre le trafic de cocaïne, Trump entend surtout se débarrasser de Gustavo Petro, premier président de gauche à la tête du pays, qu’il considère comme un «homme malade». «Ces derniers mois, les relations entre Petro et Trump se sont envenimées depuis que le président colombien a dénoncé le mauvais traitement réservé aux sans-papiers expulsés vers le Salvador et a refusé de les accueillir sur son sol, explique Sebastian Santander. Trump a pris ça comme un affront et a répondu par des sanctions économiques, élevant Petro au rang d’ennemi.»
3. Cuba
Le président américain a également mentionné Cuba comme prochaine cible de sa démonstration de force. Mais selon Trump, la république castriste, très dépendante du pétrole vénézuélien, pourrait chuter d’elle-même après l’opération «Absolute Resolve». «Je ne pense pas que nous ayons besoin d’agir. Il semble que tout s’écroule», a-t-il déclaré dimanche.
Cet espoir de démantèlement est mu par des différends idéologiques historiques (l’embargo américain en place à Cuba depuis 1960 continue d’affecter son économie et sa population), mais a également été ravivé récemment par Marco Rubio. «Le secrétaire d’Etat américain est impliqué intimement dans ce dossier, avec des parents originaires de Cuba et éminemment anticastristes, rappelle Sebastian Santander. Rubio a peu à peu réussi à remettre ses volontés interventionnistes à l’agenda de l’administration Trump.» D’autant que Cuba, qui entretient des liens stratégiques profonds et mutuellement bénéfiques avec la Russie et la Chine, reste à peine à une centaine de kilomètres du territoire américain et de Miami.
4. Le Nicaragua
Enfin, s’il n’a pas été mentionné explicitement par Trump dimanche, le Nicaragua «doit également se montrer très inquiet», estime Sebastian Santander. «Lors de son premier mandat, Trump avait désigné Cuba, le Venezuela et le Nicaragua comme faisant partie de la « troïka de la tyrannie« », rappelle le professeur à l’ULiège. Ces derniers mois, les dérives autoritaires du régime de Daniel Ortega et son discours anti-impérialiste avaient d’ailleurs valu à l’Etat d’Amérique centrale des sanctions économiques de la part des Etats-Unis.




