vendredi, janvier 9

2026 sera cruciale, pleine de défis politiques, pour Bart De Wever, Georges-Louis Bouchez, Paul Magnette, Raoul Hedebouw, Yvan Verougstraete, mais aussi pour Ecolo. Et pour la Région de Bruxelles-Capitale. Allons-y voir.

Bart De Wever au défi de la crédibilité

En juin 2024, Bart De Wever a perdu moins de voix que ce qu’il craignait parce que les Flamands l’ont cru quand il disait qu’il allait sauver la Belgique de la banqueroute. Puis il s’est imposé comme Premier parce que les Flamands et les francophones l’ont cru quand il a dit qu’il avait gagné les élections, d’une part, et que c’était pour remettre de l’ordre dans le budget de l’Etat, d’autre part. Car Bart De Wever est l’homme le plus puissant de Flandre, donc de Belgique, depuis quinze ans. Mais il explique depuis tout ce temps que s’il ne peut pas vraiment remettre de l’ordre, c’est parce qu’il n’en a pas le pouvoir, et les Flamands le croient. C’est ce qui a préservé la N-VA de la vague dégagiste de 2024. Mais maintenant que Bart De Wever a vraiment le pouvoir partout, cette excuse ne pourra plus être brandie quinze ans encore. Les médias flamands comme, désormais, les médias francophones, croient qu’il est bien parti pour en finir avec les grands maux belges, ces accords mal ficelés, ces dérapages budgétaires et ces bricolages politico-institutionnels. Cette réputation de sérieux de Bart De Wever, ancienne au nord du pays, récente au sud, a survécu à une année d’accords mal nés, dont certains ne sont d’ailleurs pas encore complètement aboutis, de dérapages budgétaires inédits, et de bricolages politiques dont même Alexander De Croo, pourtant présenté par Bart De Wever comme son parfait contre-exemple, aurait été gêné. Si l’année qui vient se déroule comme l’année qui vient de se terminer, Bart De Wever ne risque pas de garder pour longtemps cet air sérieux d’homme politique crédible qui le caractérise depuis tout ce temps qu’il se plaint qu’en Belgique, c’est la gauche, ou les francophones, qui décident de tout, et la droite, ou les Flamands, de rien.

«Bart De Wever ne risque pas de garder pour longtemps cet air sérieux d’homme politique crédible.»

Georges-Louis Bouchez au défi de la moralité

En judicieux importateur d’armes de guerre culturelle fabriquées en France ou aux Etats-Unis, Georges-Louis Bouchez a la polémique beaucoup moins éruptive que sa relative impulsivité pourrait le laisser croire. La crèche catholique à Noël, le voile islamique en toute saison, les mutuelles après les syndicats, les faux malades après les mauvais chômeurs: à chaque fois, l’offensive du réformateur n’est menée que lorsqu’il est certain d’avoir le soutien d’une majorité des leaders d’opinion, et de faire la fructueuse moisson de likes qu’il a bien méritée au nom d’une conception supérieure de la morale, qui range, pense-t-il, toujours plus de gens dans son camp du Bien. Mais s’il trouvera toujours beaucoup de supporters pour lui donner raison sur ses idées quand il dit que la gauche, les wokes, les bobos, les islamo-gauchistes ou les marxistes ont toujours tort, Georges-Louis Bouchez rassemble aussi de nombreux adversaires contre des comportements qui ne semblent pas raisonnables. La succession de promesses personnelles non tenues –s’engager à l’armée, démissionner du Sénat, etc.–, de proches placés –la compagne, la belle-sœur, l’ami, le conseiller spécial, etc.–, de voyages bizarres –aux Emirats, au Maroc, au Qatar, etc.–, tout ceci autour de paddocks mondains, de business seats chics, de stationnements hasardeux, d’excès de vitesse éludés et de vente à l’étranger d’un club de football sponsorisé par des sociétés de paris sportifs ne sert pas tout à fait l’image de supériorité de sa conception de la morale. Georges-Louis Bouchez a donc un fort intérêt politique à ne plus laisser, en 2026, l’opinion publique se poser autant de questions sur son éthique personnelle.

Paul Magnette au défi de l’habileté

Le PS est dans l’opposition, et la droite au pouvoir. Le PS s’est allié avec elle au pouvoir pendant des années, et ça ne lui a pas profité. Mais maintenant que la droite offre à l’électorat le modèle presque chimiquement pur du monde qu’elle veut construire, une partie des électeurs semble s’en effrayer, et c’est aux partis de droite que cela coûte. Dès lors, les sondages, pour le PS, n’ont plus été aussi bons depuis dix ans. Le contexte social incandescent, les manifestations d’une ampleur jamais vue depuis 20 ans, les gens en colère contre les gouvernements, tout cela, désormais, est bénéfique au parti de Paul Magnette, réceptacle de beaucoup d’injustices, sinon de toutes, comme le fut la formation de Guy Spitaels à l’époque des gouvernements Martens-Gol. Mais, contrairement au PS où Guy Spitaels, Dieu, décidait de tout, dans le parti de Paul Magnette, il n’y a plus grand-monde pour croire que c’est grâce à Paul Magnette si le parti se redresse dans les sondages après des années de déclin électoral. Ni grâce à son processus de refondation, qui doit surtout mener à ce qu’il soit reconduit à la présidence en 2027 ni grâce à ses sorties médiatiques, dont la dernière, sur l’irréversibilité de la limitation dans le temps des allocations de chômage, avait le mérite d’une certaine franchise, mais a ennuyé beaucoup de ses camarades de parti. L’année qui vient précédera celle de la réélection que vise Paul Magnette. Il faudra qu’il la consacre à récupérer un peu de cette transcendance «spitaelsienne», pour faire croire qu’il a quelque chose à voir avec la bonne santé socialiste dans les sondages, et que tout ça découle de sa personnelle habileté.

Raoul Hedebouw au défi de la fréquentabilité

Fin 2024, le PTB accédait au pouvoir dans trois communes francophones, Mons, Forest et Molenbeek, à chaque fois en coalition avec les socialistes et les écologistes, et à chaque fois aux dépens des autres, qui crièrent au totalitarisme et annoncèrent, à peu de choses près, cent millions de morts dans chacune des trois. Un an après, les récits de goulag sont encore rares et on n’a pas encore entendu parler de procès politiques, pas plus que de famines organisées ou de collectivisation forcée. Et ça, c’est tout bon pour Raoul Hedebouw et pour son parti, communiste on le rappelle, d’héritage maoïste on le souligne. Tout en continuant à disputer au PS (lire plus haut) le statut de meilleur opposant aux gouvernements des droites, il lui faudra poursuivre, à partir de ces communes-modèles, ce travail de respectabilisation censé poser le PTB en parti de pouvoir, et plus seulement en formation protestataire.

Verougstraete au défi de la visibilité

A peine a-t-il posé sa silhouette élancée de successful entrepreneur sur le siège devenu auguste de Maxime Prévot comme président des Engagés qu’Yvan Verougstraete se prépare à le quitter. Il espère s’asseoir dans le siège devenu un peu poussiéreux de Rudi Vervoort, et il serait en effet temps que la Région capitale se trouve un gouvernement (lire plus bas). La réussite de l’opération bruxelloise d’Yvan Verougstraete terminerait donc une très courte, et jusqu’à présent très discrète, présidence de parti, puisqu’il ne préside Les Engagés que depuis avril dernier, et que c’est incompatible avec la ministre-présidence qu’il lorgne. Mais la clé du bureau de Rudi Vervoort lui ferait accéder, avec sa coalition Guinness, à une notoriété nationale de briseur de records. Son successeur à la présidence, alors, recevrait ce manque de visibilité en héritage. Mais cela ne serait plus trop le problème du successful entrepreneur que tous les Belges ou presque considéreront comme un magicien politique.

Ecolo au défi de la viabilité

Plus de coprésidents, plus d’électeurs, et plus de sondés non plus qui disent vouloir voter pour eux. Plus de ligne, plus de directeur politique, plus de directrice de la communication, pas de visibilité, plus de crédibilité, pas d’habileté, les Ecolos qui existent encore n’ont plus le moral, et ils se demandent parfois si leur parti a encore une vie devant lui. Cette période hivernale, pendant laquelle le parti est piloté par cinq intérimaires qui ont, en plus, beaucoup d’autres choses à faire en tant que chefs de groupe dans l’opposition, n’est pas tellement susceptible de rassurer sur un pronostic vital. Mais le printemps sera bientôt là, avec son élection de nouveaux coprésidents, qui devraient, souhaitent les derniers survivalistes du parti vert, le doter d’une nouvelle ligne, d’un directeur politique, d’une directrice de la communication, de visibilité, de crédibilité, d’habileté, d’une impression de moralité, et puis, surtout de sondés qui disent vouloir voter pour eux. Voire, sait-on jamais, d’électeurs.

Bruxelles au défi de la gouvernabilité

La Belgique est un pays comme un autre, mais en pire. Et tous les pays du monde aiment haïr leur capitale. Bruxelles est donc comme toutes les capitales du monde, mais en pire. La Région de Bruxelles-Capitale est de gauche mais son plus grand parti est de droite. Elle est dans son immense majorité francophone mais une minorité de la minuscule minorité néerlandophone ne suffit pas à installer un gouvernement, il faut une majorité dans la minorité. Elle compte six zones de police mais moins de criminalité qu’Anvers qui n’en a qu’une. Il faudrait que les zones de police de Bruxelles fusionnent, ce que refusent les bourgmestres de ses 19 communes. Bien que la Région n’ait aucune compétence en matière de sécurité, c’est tout de même sa faute s’il y a de l’insécurité. Elle n’a plus d’argent mais sa note auprès des agences de notation est moins mauvaise que les autres entités francophones, qui doivent faire moins d’effort quand même. Elle est la capitale de l’Europe et de la Belgique mais la Belgique et l’Europe en ont marre d’y payer des travaux. Elle n’a pas de gouvernement depuis un an et demi, et plus personne n’y comprend rien, sinon que cette Région est un brol pas possible, et que c’est de pire en pire. L’année qui vient devra montrer Bruxelles gouvernable, sous peine d’être haïe comme jamais par son propre pays.

«L’année qui vient devra montrer Bruxelles gouvernable, sous peine d’être haïe comme jamais par le pays.»

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