De 25, ils sont passés à 12. 12 prévenus en appel qui devront répondre, ces quatre prochaines semaines, de détournement de fonds publics. Parmi les condamnés en première instance, Marine Le Pen, qui joue sa candidature aux prochaines élections présidentielles.
Le procès en appel de Marine Le Pen, du Rassemblement national et de onze autres prévenus s’ouvre ce mardi à Paris. La cheffe de file de l’extrême droite française joue son éligibilité pour l’élection présidentielle de 2027 et, plus généralement, son avenir politique. L’audience, présidée par Michèle Agi, doit débuter à 13h30. Le procès devrait se tenir jusqu’au 11 février dans le palais de justice historique au cœur de la capitale, avant une décision attendue à l’été.
Le 31 mars 2025, la triple candidate malheureuse à l’Elysée a été condamnée pour détournement de fonds publics, par le tribunal correctionnel de Paris, à quatre ans d’emprisonnement dont deux ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire (NDLR: immédiate) qui l’empêche de concourir à la présidentielle – ou, en cas de dissolution, à sa propre succession dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais.
3,2 millions d’euros de préjudice
Les juges de première instance l’ont reconnue coupable d’avoir mis en place un «système» entre 2004 et 2016 de captation des enveloppes versées par le Parlement européen aux eurodéputés, destinées à rémunérer leurs assistants dans le cadre de leurs fonctions à Bruxelles et Strasbourg. Pour l’accusation – qui sera représentée devant la cour d’appel par Thierry Ramonatxo et Stéphane Madoz-Blanchet – et le Parlement européen, partie civile, lesdits assistants travaillaient en réalité pour le seul parti Front national (FN, devenu RN) ou leurs dirigeants.
Le tribunal correctionnel a établi le préjudice à 3,2 millions d’euros, une fois déduit 1,1 million d’euros déjà remboursé par une partie des prévenus – ils étaient 25 en première instance, 12 ont renoncé à faire appel malgré leur condamnation, dont la propre sœur de Marine Le Pen, Yann Le Pen. Le maire de Perpignan, Louis Aliot, le député RN Julien Odoul, l’eurodéputé Nicolas Bay ou Bruno Gollnisch seront en revanche à nouveau sur le banc des prévenus.
Assistée de son conseil historique, Me Rodolphe Bosselut, et d’une nouvelle avocate, Me Sandra Chirac-Kollarik, la patronne du groupe RN à l’Assemblée pourrait, en appel, davantage insister sur sa «nonintentionnalité» de commettre les faits qui lui sont reprochés plutôt qu’une dénégation en bloc telle que plaidée en première instance, selon plusieurs de ses proches.
Si pas Marine, Jordan
Si Marine Le Pen n’a pas abandonné l’espoir d’être relaxée, une déclaration de culpabilité ne grèverait pas sa possibilité de concourir à la présidentielle de 2027, mais à une double condition: qu’une éventuelle peine d’inéligibilité soit inférieure à deux ans et que les magistrats renoncent à la condamner au port d’un bracelet électronique, perçu comme incompatible avec la possibilité de mener une campagne.
Quoi qu’il en soit, la politicienne d’extrême droite a indiqué que la seule décision de la cour d’appel déterminerait son avenir, sans attendre une éventuelle décision de la Cour de cassation – bien que cette dernière entende se prononcer, si elle devait être saisie, avant l’échéance présidentielle.
Neuf mois après sa condamnation, Marine Le Pen a déjà vu son image se dégrader dans l’opinion. L’idée d’une candidature de substitution de son poulain Jordan Bardella à l’Elysée s’est dès lors peu à peu imposée comme la plus probable. La fille de Jean-Marie Le Pen avait néanmoins pris la peine, cet automne, de rappeler qu’il était «sûr et certain» qu’elle briguerait à nouveau l’Elysée «si elle (pouvait) être candidate». Tout en reconnaissant que, à défaut, «Jordan Bardella peut gagner à (sa) place».













